gotty

Pas de pitié pour les croissants !

01 septembre 2008

La voiture électrique : la panacée ?

voiture_electriqueLes nouvelles sont bonnes, mais en fait pas trop : les voitures européennes émettent globalement moins de CO2 que l'année passée, mais la réduction n'est pas assez significative pour remplir les objectifs communautaires. Du coup, ça râle...

Une solution souvent présentée comme idéale est la voiture électrique : elle n'émet pas de CO2, fait peu (ou pas) de bruit, une conduite souple, agréable... Alors j'ai fait un petit calcul de coin de table, juste pour voir.

Tous les chiffres donnés ici sont volontairement minimisés, pour que le résultat soit un minimum nécéssaire. En France, 20 millions de voitures parcourent en moyenne 10000km par an. Cela fait donc 200 milliards de km par an.

Une petite voiture consomme environ 5L au 100km parcourus, cela fait donc 10 milliards de litre d'essence par an. Pour convertir ces litres en énergie, on utilise la tonne équivalent pétrole (tep) : c'est l'énergie contenue dans une tonne de pétrole. La tep est bien une unité d'énergie. En gros, un litre d'essence fait un kilo (un peu moins en fait : rappelez vous que l'essence flotte, donc est moins dense que l'eau) et est constitué très majoritairement de pétrole, donc une tep correspond à 1000 litres d'essence. 10 milliards de litres font 10 millions de tep : 10 millions de tep sont donc consommées chaque année pour le transport des particuliers.

Je rappelle 10 millions de tep, cela représente une énergie. Cette énergie, produite par une centrale nucléaire, serait de 100 millions de MWh, ou encore 100 000 GWh.

Un réacteur de nouvelle génération produit, au maximum, 10 000 GWh/an.

Donc, en ne prenant pas en compte de changements technologiques fondamentaux dans les rendements des moteurs, il faudrait construire de l'ordre de 10 nouveaux réacteurs nucléaires pour alimenter en électricité les voitures françaises (sachant qu'il y a environ 50 réacteurs en ce moment). Ce n'est pas exactement ce qu'on pourrait appeler une mesure écologique...

On le voit ici, comme on peut le voir dans beaucoup de domaines : ce n'est pas la science qui parviendra à résoudre fondamentalement le problème. Les vrais solutions sont une combinaison d'améliorations technologiques et une réduction de la consommation (la sobriété). Raaah, on va encore me taxer de décroissant.

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Photo : Malaurie Family sur Flickr

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11 juillet 2008

Nucléaire et philosophie

reacteur_nucleaireIl y a 3 jours, une fuite d'uranium a eu lieu au Tricastin, dans la Drôme. Je voudrais donc profiter de cet événement pour expliquer un peu ma position sur le nucléaire, en m'appuyant sur une réflexion philosophique : "Le Principe Responsabilité" de Hans Jonas. Attention les neurones !


Une grande question que l'on peut (et doit) se poser est "Pourquoi sauvegarder la nature ?" C'est vrai, c'est bête comme question, mais n'est-ce pas une question fondamentale ? Peut-être est-il inutile de vouloir à tout prix préserver la nature et nous devrions simplement nous faire plaisir sans limite. Peut-être que nous devons préserver la nature telle qu'elle est actuellement, ou peut-être qu'un changement dans la nature n'est pas gênant.

Une pensée que j'aime particulièrement à ce sujet est celle du philosophe allemand Hans Jonas, qui parle d'un "Principe Responsabilité". En voici un résumé "à la sauce ingénieur", n'hésitez pas à apporter des correctifs en commentaire si nécessaire.

Hans Jonas commence à poser comme postulat que l'homme est le seul être doué d'une finalité car il est le seul être à pouvoir projeter des images. C'est le seul être libre, et même le seul être libre de se détruire et de détruire la Nature. Comme la Nature engendre des êtres doués d'une finalité, elle est elle-même douée d'une finalité. Cette finalité représente une valeur en soi, et l'homme n'a donc pas d'autre choix que d'intervenir pour en préserver l'existence.

C'est pourquoi pour Jonas l'existence humaine doit être préservée : "Qu'une humanité soit" dit-il. L'homme est doté de responsabilité parce qu'il est libre, mais surtout parce qu'il dispose d'une puissance susceptible de se retourner contre sa propre liberté (et sa propre existence). Puisqu'il doit garantir son existence, la responsabilité de l'homme est tournée vers les générations futures. Du fait qu'elles n'existent pas encore, ces dernières ne peuvent faire valoir aucun droit : la responsabilité vue par Jonas est donc un véritable acte d'engagement.

Pour déterminer les comportements à adopter, et surtout les risques que l'on peut prendre, Jonas fait appel à un processus qu'il appelle heuristique de la peur. Pour faire simple, l'homme doit craindre la disparition de l'humanité. Cette peur ne doit pas être tétanisante, mais au contraire salvatrice : c'est un outil pour maîtriser les risques d'expériences n'ayant jamais été vécues. Ainsi, afin que la population soit consciente du danger imminent, il indique qu'il est nécéssaire d'éprouver une certaine peur.

Donc, pour résumer, pour Jonas l'homme est doué d'une responsabilité envers la Nature car il est un être extraordinaire, et pour exercer au mieux cette responsabilité, il doit craindre sa disparition.


Revenons-en maintenant au nucléaire, qui me paraît être un très bon exemple pour comprendre la pensée de Jonas. Le nucléaire est en effet l'un des éléments qui peut conduire l'humanité à sa disparition, pour deux raisons :

* les accidents nucléaires. Ils sont (très) rares, mais (très) graves. Un accident majeur, comme la fusion de coeur d'un réacteur, pourrait conduire à la destruction de toute forme de vie sur un très large périmètre. Ce risque, aussi infime soit-il, vaut-il le coup d'être couru ? Pour Jonas, la réponse est clairement non : doit être interdite toute technologie qui comporte le risque — aussi improbable qu'il soit — de détruire l'humanité ou la valeur particulière en l'homme qui fait qu'il doit exister. Hans Jonas désigne cet impératif par la formule in dubio pro malo. Cela veut dire que s'il y a plusieurs effets possibles à une technologie, il faut décider comme si le plus mauvais allait s'accomplir

* la gestion des déchets nucléaires. On touche là à notre responsabilité vis-à-vis de la nature et des générations futures. Oser produire des déchets qui ont une durée de vie extrêmement longue et une nocivité non nulle, et qu'on ne sait pas retraiter, c'est condamner les générations futures à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Pour reprendre une comparaison de Serge Latouche, c'est comme si l'on construisait des immeubles sans ascenseur, en se disant qu'on arriverait bien un jour à défier la gravité.

On présente souvent la situation sur le nucléaire comme une opposition entre scientifiques et écologistes, sous-entendant ainsi que les écologistes auraient une peur irrationnelle d'un phénomène maîtrisé. Pourtant, l'hostilité au nucléaire n'est pas qu'une simple lubie d'écologiste : c'est aussi une question de principe. Une source d'énergie dont on ne maîtrise pas les conséquences à long terme ne doit pas exister, quelle qu'en soient les conséquences sur notre mode de vie à court terme : il en va de notre responsabilité.

Posté par Gotty à 14:42 - Nucléaire - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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