gotty

Pas de pitié pour les croissants !

18 juillet 2008

Apprenons à compter - Le coefficient GINI

Dernier épisode de notre saga Apprenons à compter, un indicateur de "cohésion sociale", j'ai nommé le coefficient de Gini.

Si 10% de la population a 10% du PIB, 20% a 20% du PIB etc. cela veut donc dire que tout le monde a le même revenu. Si au contraire 80% de la population ne détient que 10% des revenus, et que les 20% restants en ont 90%, on est dans société foncièrement inégalitaire. Le coefficient de Gini mesure ainsi les inégalités de revenus au sein d'un pays. La formule n'est pas forcément très compréhensible (vous pouvez néanmoins la retrouver sur Wikipedia), mais un schéma devrait aider à sa compréhension.

Plaçons sur un graphe le pourcentage de la population possédant un pourcentage du revenu du pays.

GiniLorenzFR

La courbe droite en pointillé représente l'égalite parfaite des revenus. A l'inverse, la courbe en trait plein montre une inégalité : une grande partie de la population ne possède pas grand chose (zone rouge), une faible partie possède un revenu moyen (zone orange) et une petite partie possède beaucoup (zone verte). Comment est-ce que j'en arrive à une telle conclusion ? En fait, une partie de la population est privilégiée quand la différence de revenu (représentée par la différence de hauteur entre le début et la fin de la zone) est supérieur à sa taille (représentée par la largeur de la zone) . Dans le cas présent, on voit que la zone verte correspond à 15% de la population possédant environ 50% de la richesse.

Le coefficient de Gini correspond à l'aire de la surface A entre la courbe d'égalité parfaite et la courbe réelle : plus cette surface est grande, plus on est dans une société inégalitaire. Un GINI de 0 signifie l'égalité parfaite et 1 signifie l'inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n'ont rien). Les pays historiquement égalitaires ont un coefficient de l'ordre de 0,2 (Europe de l'Est), les pays les plus inégalitaires au monde ont un coefficient de 0,6 (Brésil, Guatémala, Honduras...). En France, le coefficient de Gini est de 0,36.

Notons qu'établir le coefficient de GINI d'un pays est un processus très laborieux puisqu'il demande de relever les revenus d'une grande partie de la population, y compris ceux qui en ont peu et vivent dans des conditions très difficiles. C'est pourquoi cet indicateur n'est relevé que périodiquement, environ tous les 5 à 10 ans selon les pays. Mais cela ne nous empêchera pas de nous amuser avec, comme avec les indicateurs précédents.

gini_pib

Une première constation est que le GINI n'est pas lié au PIB par habitant : ce n'est pas parce qu'un pays est plus riche qu'un autre qu'il aura une meilleure répartition des richesses. Le graphe ci-dessus montre bien qu'il existe des pays riches inégalitaires (les Etats-Unis ont le PIB par habitant le plus élevé, mais un GINI supérieur à 0.4) alors que des pays très pauvres peuvent avoir un GINI faible (l'Ouzbékistan par exemple).

Gini_since_WWII
 

Deuxième constatation : au sein d'un même pays, le GINI peut tout aussi bien croître (USA, Bulgarie, Chine) que décroitre (France, Canada, Norvège) pendant une période de croissance : la croissance n'est donc absolument pas un gage de justice sociale.

Voila, je referme la parenthèse mathématique du développement durable. J'espère que les explications auront été claires et que cela vous aura permis d'appréhender de manière un peu plus concrète des notions a priori abstraites. Et pour ceux qui veulent continuer à s'amuser avec des données sur des pays, je ne peux que conseiller le site http://www.gapminder.org et notamment leur tableau dynamique.

Posté par Gotty à 17:32 - Social - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


17 juillet 2008

Apprenons à compter - L'IDH

Pour caractériser le développement d'un pays, les Nations Unis ont construit un indice : l'indice de développement humain, ou IDH. Cet indice est relativement bien connu en France puisqu'on nous le présentait en cours d'Histoire-Géographie, sans oublier de préciser que "La France a l'IDH le plus élevé du monde", ce qui est désormais faux (la France se classe plutôt autour de la 10e place).

Trois facteurs sont pris en compte (source Wikipedia) :

  • la santé mesurée par l'espérance de vie à la naissance, qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l'accès à une alimentation saine, à l'eau potable, à un logement décent...
  • le niveau d'éducation, mesuré par le taux d'alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision dans la société ;
  • le niveau de vie (PIB par habitant à pouvoir d'achat équivalent), afin d'englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l'accès à la culture.

L'IDH est une moyenne de ces trois indices (vous pourrez trouver les calculs précis sur Wikipedia), et est compris entre 0 et 1. Un pays est considéré comme développé si son IDH est supérieur 0.8, les pays les plus développés ayant un IDH supérieur à 0.95.

Ce qu'il faut bien noter dans cet indice c'est sa subjectivité. Les 3 critères retenus sont arbitraires, le calcul des indices l'est tout autant, et la moyenne faite est tout aussi hasardeuse : la durée de vie doit-elle vraiment être un critère, si l'ensemble des personnes de plus de 70 ans finit dans une maison de retraite ? Un niveau de vie élevé présage-t-il d'un bien-être ? Enfin, le fait qu'il soit compris entre 0 et 1 dresse une échelle, et donc des limites a priori. Bref, comme toute agrégation de différentes mesures, l'IDH repose sur un parti-pris.

L'IDH ne concerne que le développement humain, il n'y est fait aucune référence à l'environnement. Nous avions néanmoins déja vu deux indices environnementaux plus tôt cette semaine : le bilan carbone et l'empreinte écologique. Or, nous pourrions caractériser le développement durable par un développement humain élevé répondant à une durabilité environnementale : disons qu'un pays peut être estampillé développement durable s'il a un IDH>0.8 (pays développé selon les Nations Unis) et une empreinte écologique inférieure à 2ha/habitant (pays répondant à la moyenne mondiale autorisée). Quel pays répond à ces critères ?

C'est la question que s'est posée Aurélien Boutaud dans sa thèse (déja citée sur ce blog) : il a donc placé tous les pays sur un graphe en fonction de leur empreinte écologique et de leur IDH. En abscisse, l'empreinte écologique (allant du plus fort au plus faible) ; en ordonnée, l'indice de développement humain. La zone marron correspond aux pays développés mais pollueurs, la zone blanche aux pays en voie de développement mais à l'impact environnemental soutenable, la zone rouge aux pays en voie de développement et déja pollueurs. La zone verte quant à elle correspond au développement durable : IDH élevé, faible impact environnemental.

EE


Comme vous pouvez le constater, la zone verte est désespérément vide ! Les pays les plus proches d'un développement durable sont ceux d'Amérique du Sud (Costa Rica, Cuba...) le reste du monde étant soit humainement sous-développé, soit avec un mode de vie non-durable (soit les deux à la fois...).

Mais comme nous l'avions dit auparavant, les critères choisis sont très subjectifs : on pourrait choisir 0.9 ou 0.7 pour un pays développé. Ce qui est intéressant n'est donc pas tant le découpage en zones, que la tendance que l'on peut observer : il y a une courbure très nette, montrant qu'à partir d'un certain seuil une augmentation d'IDH correspond quasiment systématiquement à un impact environnemental accru. On observe également qu'aux extrêmes, de nombreux pays ont un IDH commun mais un impact environnemental allant du simple au triple (Suisse VS USA), ou alors un impact environnemental constant mais un IDH très variable (Bangladesh VS Chine).

On constate enfin que pour arriver à un développement durable, l'effort à faire par les pays développé est égal, si ce n'est supérieur à l'effort à faire par les pays en voie de développement : la distance au développement durable des Etats-Unis est égale à celle du Bangladesh.

16 juillet 2008

Apprenons à compter - L'empreinte écologique

empreinteNous avons parlé hier du bilan carbone, enchainons aujourd'hui par un autre indicateur environnemental : l'empreinte écologique.

Nous avions vu les problèmes majeurs du bilan carbone, qui sont que le CO2 devient l'unique indicateur de l'environnement, et qu'il permet une délocalisation de la pollution qui apparaît comme positive. L'empreinte écologique résous dans une certaine mesure ces deux problèmes.

La Terre a une superficie de 51 milliards d'hectares : 36 milliards sont des océans, 15 milliards des terres émergées. De ces terres émergées, une partie est utilisée pour l'agriculture, une autre pour l'industrie forestière, une autre pour absorber notre CO2 (des forêts toujours, mais pas celles utilisées pour l'industrie) etc. Bref, l'homme "colonise" une certaine surface pour ses activités.

Le principe de l'empreinte écologique est de mesurer la surface qui nous serait individuellement nécessaire pour vivre. Quelle devrait être la surface d'une île déserte pour que l'on puisse y vivre en gardant le même confort ? L'hypothèse de base étant bien entendu que notre train de vie doit être soutenable, donc que les ressources doivent pouvoir se renouveler et que les déchets doivent pouvoir être dégradés.

Prenons un exemple. Supposons qu'une vache de 800kg (dont 350kg comestibles) ait besoin d'un champ d'un hectare pour s'alimenter durant une année. Si je mange 100g de viande tous les jours, je consomme donc 35kg dans l'année : il me faut donc 0,1 ha pour couvrir mon alimentation carnée sur l'année. De même, j'émets 3 tonnes de CO2 par an en me déplaçant. Pour que cela soit durable, il faudrait disposer d'une surface de forêts capables d'absorber (par photosynthèse) ces gaz, soit environ 1 ha. On peut continuer le calcul pour l'ensemble de ma consommation (habitation, consommation de fruits, légumes et poissons, production d'énergie électrique...) et sommer l'ensemble des surfaces, pour obtenir au finale mon empreinte écologique, exprimée en hectares.

Compte tenu du fait que nous ne sommes pas la seule espèce sur Terre, nous pourrions nous arroger entre 1,8 et 2ha par personne. Et bien devinez quoi ? On dépasse largement cette valeur : l'Union Européenne tourne autour de 5ha par personne. C'est sur ce chiffre que se reposait le président Chirac quand il déclarait à Johannesbourg : "Si l’humanité entière se comportait comme les pays du nord, il faudrait deux planètes supplémentaires pour faire face à nos besoins."

Voici quelques exemples de valeurs d'empreinte écologique par pays (source Wikipedia):

Continent

Pays
Amérique du Nord 9,4 ha
Émirats arabes unis 11,9 ha
Union Européenne 4,8 ha
USA 9,6 ha
Europe (hors UE) 3,8 ha
France 5,6 ha
Moyenne pour un terrien 2,2 ha
Pays-Bas 4,4 ha
Moyen Orient et Asie centrale 2,2 ha
Hongrie 3,5 ha
Amérique Latine et Caraïbe 2,0 ha
Turquie 2,1 ha
Empreinte écologique disponible 1,8 ha
Brésil 2,1 ha
Asie(et Océanie) 1,3 ha
Algérie 1,6 ha
Afrique 1,1 ha
Chine 1,6 ha



Kenya 0,8 ha

Comme vous pouvez le constater, le terrien moyen utilise une surface moyenne supérieure à celle disponible. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que notre train de vie n'est pas "durable", au sens propre du terme : il ne peut pas durer comme ça. Nos déchets n'ont pas le temps d'être assimilés qu'on en rajoute, la surpêche est un problème majeur, nous érodons les sols...

L'avantage de cet indicateur est qu'il prend autre chose en compte que les simples gaz à effet de serre : une alimentation carnée augmente très nettement l'empreinte écologique, alors que son impact sur un bilan carbone est moins compréhensible. De même, les déchets de notre consommation courante sont également pris en compte. Certains impacts sont néanmoins toujours sous estimés, et notamment les notions de biodiversité et celle de toxicité des écosystèmes.

Mais, dites-moi, on n'a vu que des indicateurs environnementaux depuis le début de semaine. Pourtant, le développement durable n'est-il pas un ensemble mêlant social, environnemental et économique ? Ola, il va falloir y remédier et présenter un indicateur social... demain... (je ménage bien le suspense n'est-il pas ?)

15 juillet 2008

Apprenons à compter - Le Bilan Carbone

pollution_chemin_eAprès un week-end de 3 jours bien mérité, nous voici repartis pour de nouvelles aventures. A l'agenda des prochains articles : comment comptabiliser notre influence sur la planète ?

Au menu aujourd'hui, le premier de nos indicateurs environnementaux : le Bilan Carbone. Le Bilan Carbone est une technique spécifique d'inventaire carbone créée par Jean-Marc Jancovici pour le compte de l'ADEME. C'est également une marque déposée mais dont l'emploie tend à se généraliser à toutes les formes d'inventaire carbone en France. On en entend beaucoup parlé, le gouvernement souhaitant même le rendre obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés.

Un inventaire carbone consiste à comptabiliser l'ensemble des gaz à effet de serre (GES) émis lors d'un processus donné. Pour ce faire, on commence par délimiter le périmètre étudié : on peut par exemple se demander combien de GES une voiture émet pour parcourir un kilomètre, ou encore combien de GES sont émis pour fabriquer une bouteille de lait. Pour le premier cas, la mesure est relativement simple : on avait vu qu'il suffisait à peu de choses près de connaître la consommation pour connaître les émissions de GES d'une voiture.

Le second cas est lui un peu plus complexe. Dois-je compter les engrais nécessaires à la pousse du fourrage donné aux vaches laitières ? Dois-je compter la voiture qu'utilise l'agriculteur pour aller chercher le-dit fourrage ? On voit vite que deux problèmes majeurs vont survenir :

  • récolter l'ensemble des informations a un coût, coût d'autant plus élevé que les informations cherchées sont précises. Si je prends en compte la voiture de l'agriculteur, il faut que je distingue l'utilisation qui relève de la production laitière de ce qui relève du reste de ses activités et il sera peut-être nécessaire de mettre en place un système pour me permettre de faire la distinction entre ces trajets.
  • on risque vite de voit apparaître ce que l'on appelle des "double-compte". Si l'agriculteur fabriquant le fourrage incorpore cette activité à son bilan carbone, et que l'agriculteur l'utilisant pour nourrir ses vaches le compte également comme faisant partie de son activité, la production de fourrage est comptée deux fois. Quand on agrège l'ensemble des données au niveau national par exemple, on risque d'avoir un Bilan Carbone beaucoup plus élevé que la réalité.

L'identification de ces deux problèmes permet de comprendre l'importance de définir un périmètre précis et de s'y tenir dans l'établissement de l'inventaire carbone.

Le périmètre définit donc les sources d'émissions que l'on souhaite relever, par exemple l'électricité nécessaire pour chauffer un bâtiment, les kilomètres parcourus par le produit etc. L'ensemble des données nécessaires pour compter les gaz à effet de serre émis doivent donc être relevées: ce peut être des factures d'électricité, des factures d'essence, des compositions d'engrais... Cette étape est clairement la plus longue du processus, et peut prendre plusieurs semaines voire plusieurs mois.

Enfin, après avoir relevé l'ensemble des données se fait la phase de conversion à l'aide de ce qu'on appelle des facteurs d'émissions : on transforme l'ensemble des données récoltées qui sont dans des unités différentes (litres d'essence, kWh, kg...) en une unique unité : le kg de CO2. On a vu par exemple qu'un litre d'essence correspond à 2,35kg de CO2 ; de même des données internationales permettent de convertir l'ensemble des données de base en émissions de CO2 (par exemple il faut 120kg de C02 pour fabriquer une tonne de bouteilles de verre, 600 à 800 kg pour fabriquer une tonne d'acier). En faisant la somme de tous ces kilos de CO2, on arrive à un inventaire carbone complet. Notons que je parlais au début de l'article de gaz à effet de serre, et qu'on ne parle ici plus que de CO2 ; or il y a d'autres GES que le dioxyde de carbone, comme le méthane, les CFC, ou même la vapeur d'eau ! Pour avoir un résultat en kg de CO2, on converti donc tous ces gaz en équivalent CO2 en prenant comme mesure le Potentiel de Réchauffement Global (PRG), c'est-à-dire la capacité d'un gaz à agir sur le réchauffement climatique. Cette partie est complexe et fera l'objet d'un article en lui-même, mais ce qu'il faut retenir, c'est que l'on sait dire que le méthane "réchauffe" environ 20 fois plus que le C02 ou encore que l'hydrofluorocarbone "réchauffe" 1000 fois plus que le C02. Donc si un processus émet une tonne de méthane, on la convertira en 20 tonnes de CO2.

Les avantages d'un inventaire carbone sont multiples :

  • avoir un chiffre unique, simple sur lequel on peut communiquer.
  • pouvoir comparer ses émissions d'une année sur l'autre.
  • savoir quelles sont les sources d'émissions principales sur lesquelles concentrer ses efforts. En effet, une entreprise de service peut mettre l'accent sur l'utilisation de papier recyclé, alors que ce sont les transports et l'électricité de ses bureaux qui sont les sources d'émissions critiques (voir graphe ci-dessous, tiré du site de Jean-Marc Jancovici).

Bilan_C_graph3

Néanmoins, l'inventaire carbone a deux inconvénients structurels majeurs. Le premier est qu'il ne prend en compte que le réchauffement climatique. Vous me direz que c'est son but et ce pourquoi il a été conçu, mais il a tendance à être l'unique indicateur de la bonne santé environnementale d'une entreprise. Or, une entreprise qui rejette peu de CO2 peut tout de même être polluante différement (voir par exemple mon article sur le nucléaire). Mais plus grave encore, le bilan carbone est, la plupart du temps, uniquement un bilan carbone interne, c'est-à-dire qu'il ne prend en compte que les émissions de l'entreprise (ou d'un pays). Pour réduire leur bilan carbone, les entreprises (ou les pays) peuvent donc être tentés d'externaliser leur production. C'est entre autres ce qui se passe en Chine : si les émissions de CO2 de ce pays explosent, c'est certes parce qu'il se développe rapidement, mais aussi parce qu'une grande partie de notre production industrielle y est délocalisée ! En se focalisant sur le bilan carbone d'une entreprise, on risque donc de voir des chiffres qui ne reflètent qu'une réalité très inexacte.

Pour pallier (au moins partiellement) à ces inexactitudes, un autre indicateur environnemental a été développé... Plus de détails demain !

Posté par Gotty à 15:46 - Carbone - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1