gotty

Pas de pitié pour les croissants !

16 juillet 2008

Apprenons à compter - L'empreinte écologique

empreinteNous avons parlé hier du bilan carbone, enchainons aujourd'hui par un autre indicateur environnemental : l'empreinte écologique.

Nous avions vu les problèmes majeurs du bilan carbone, qui sont que le CO2 devient l'unique indicateur de l'environnement, et qu'il permet une délocalisation de la pollution qui apparaît comme positive. L'empreinte écologique résous dans une certaine mesure ces deux problèmes.

La Terre a une superficie de 51 milliards d'hectares : 36 milliards sont des océans, 15 milliards des terres émergées. De ces terres émergées, une partie est utilisée pour l'agriculture, une autre pour l'industrie forestière, une autre pour absorber notre CO2 (des forêts toujours, mais pas celles utilisées pour l'industrie) etc. Bref, l'homme "colonise" une certaine surface pour ses activités.

Le principe de l'empreinte écologique est de mesurer la surface qui nous serait individuellement nécessaire pour vivre. Quelle devrait être la surface d'une île déserte pour que l'on puisse y vivre en gardant le même confort ? L'hypothèse de base étant bien entendu que notre train de vie doit être soutenable, donc que les ressources doivent pouvoir se renouveler et que les déchets doivent pouvoir être dégradés.

Prenons un exemple. Supposons qu'une vache de 800kg (dont 350kg comestibles) ait besoin d'un champ d'un hectare pour s'alimenter durant une année. Si je mange 100g de viande tous les jours, je consomme donc 35kg dans l'année : il me faut donc 0,1 ha pour couvrir mon alimentation carnée sur l'année. De même, j'émets 3 tonnes de CO2 par an en me déplaçant. Pour que cela soit durable, il faudrait disposer d'une surface de forêts capables d'absorber (par photosynthèse) ces gaz, soit environ 1 ha. On peut continuer le calcul pour l'ensemble de ma consommation (habitation, consommation de fruits, légumes et poissons, production d'énergie électrique...) et sommer l'ensemble des surfaces, pour obtenir au finale mon empreinte écologique, exprimée en hectares.

Compte tenu du fait que nous ne sommes pas la seule espèce sur Terre, nous pourrions nous arroger entre 1,8 et 2ha par personne. Et bien devinez quoi ? On dépasse largement cette valeur : l'Union Européenne tourne autour de 5ha par personne. C'est sur ce chiffre que se reposait le président Chirac quand il déclarait à Johannesbourg : "Si l’humanité entière se comportait comme les pays du nord, il faudrait deux planètes supplémentaires pour faire face à nos besoins."

Voici quelques exemples de valeurs d'empreinte écologique par pays (source Wikipedia):

Continent

Pays
Amérique du Nord 9,4 ha
Émirats arabes unis 11,9 ha
Union Européenne 4,8 ha
USA 9,6 ha
Europe (hors UE) 3,8 ha
France 5,6 ha
Moyenne pour un terrien 2,2 ha
Pays-Bas 4,4 ha
Moyen Orient et Asie centrale 2,2 ha
Hongrie 3,5 ha
Amérique Latine et Caraïbe 2,0 ha
Turquie 2,1 ha
Empreinte écologique disponible 1,8 ha
Brésil 2,1 ha
Asie(et Océanie) 1,3 ha
Algérie 1,6 ha
Afrique 1,1 ha
Chine 1,6 ha



Kenya 0,8 ha

Comme vous pouvez le constater, le terrien moyen utilise une surface moyenne supérieure à celle disponible. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que notre train de vie n'est pas "durable", au sens propre du terme : il ne peut pas durer comme ça. Nos déchets n'ont pas le temps d'être assimilés qu'on en rajoute, la surpêche est un problème majeur, nous érodons les sols...

L'avantage de cet indicateur est qu'il prend autre chose en compte que les simples gaz à effet de serre : une alimentation carnée augmente très nettement l'empreinte écologique, alors que son impact sur un bilan carbone est moins compréhensible. De même, les déchets de notre consommation courante sont également pris en compte. Certains impacts sont néanmoins toujours sous estimés, et notamment les notions de biodiversité et celle de toxicité des écosystèmes.

Mais, dites-moi, on n'a vu que des indicateurs environnementaux depuis le début de semaine. Pourtant, le développement durable n'est-il pas un ensemble mêlant social, environnemental et économique ? Ola, il va falloir y remédier et présenter un indicateur social... demain... (je ménage bien le suspense n'est-il pas ?)



15 juillet 2008

Apprenons à compter - Le Bilan Carbone

pollution_chemin_eAprès un week-end de 3 jours bien mérité, nous voici repartis pour de nouvelles aventures. A l'agenda des prochains articles : comment comptabiliser notre influence sur la planète ?

Au menu aujourd'hui, le premier de nos indicateurs environnementaux : le Bilan Carbone. Le Bilan Carbone est une technique spécifique d'inventaire carbone créée par Jean-Marc Jancovici pour le compte de l'ADEME. C'est également une marque déposée mais dont l'emploie tend à se généraliser à toutes les formes d'inventaire carbone en France. On en entend beaucoup parlé, le gouvernement souhaitant même le rendre obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés.

Un inventaire carbone consiste à comptabiliser l'ensemble des gaz à effet de serre (GES) émis lors d'un processus donné. Pour ce faire, on commence par délimiter le périmètre étudié : on peut par exemple se demander combien de GES une voiture émet pour parcourir un kilomètre, ou encore combien de GES sont émis pour fabriquer une bouteille de lait. Pour le premier cas, la mesure est relativement simple : on avait vu qu'il suffisait à peu de choses près de connaître la consommation pour connaître les émissions de GES d'une voiture.

Le second cas est lui un peu plus complexe. Dois-je compter les engrais nécessaires à la pousse du fourrage donné aux vaches laitières ? Dois-je compter la voiture qu'utilise l'agriculteur pour aller chercher le-dit fourrage ? On voit vite que deux problèmes majeurs vont survenir :

  • récolter l'ensemble des informations a un coût, coût d'autant plus élevé que les informations cherchées sont précises. Si je prends en compte la voiture de l'agriculteur, il faut que je distingue l'utilisation qui relève de la production laitière de ce qui relève du reste de ses activités et il sera peut-être nécessaire de mettre en place un système pour me permettre de faire la distinction entre ces trajets.
  • on risque vite de voit apparaître ce que l'on appelle des "double-compte". Si l'agriculteur fabriquant le fourrage incorpore cette activité à son bilan carbone, et que l'agriculteur l'utilisant pour nourrir ses vaches le compte également comme faisant partie de son activité, la production de fourrage est comptée deux fois. Quand on agrège l'ensemble des données au niveau national par exemple, on risque d'avoir un Bilan Carbone beaucoup plus élevé que la réalité.

L'identification de ces deux problèmes permet de comprendre l'importance de définir un périmètre précis et de s'y tenir dans l'établissement de l'inventaire carbone.

Le périmètre définit donc les sources d'émissions que l'on souhaite relever, par exemple l'électricité nécessaire pour chauffer un bâtiment, les kilomètres parcourus par le produit etc. L'ensemble des données nécessaires pour compter les gaz à effet de serre émis doivent donc être relevées: ce peut être des factures d'électricité, des factures d'essence, des compositions d'engrais... Cette étape est clairement la plus longue du processus, et peut prendre plusieurs semaines voire plusieurs mois.

Enfin, après avoir relevé l'ensemble des données se fait la phase de conversion à l'aide de ce qu'on appelle des facteurs d'émissions : on transforme l'ensemble des données récoltées qui sont dans des unités différentes (litres d'essence, kWh, kg...) en une unique unité : le kg de CO2. On a vu par exemple qu'un litre d'essence correspond à 2,35kg de CO2 ; de même des données internationales permettent de convertir l'ensemble des données de base en émissions de CO2 (par exemple il faut 120kg de C02 pour fabriquer une tonne de bouteilles de verre, 600 à 800 kg pour fabriquer une tonne d'acier). En faisant la somme de tous ces kilos de CO2, on arrive à un inventaire carbone complet. Notons que je parlais au début de l'article de gaz à effet de serre, et qu'on ne parle ici plus que de CO2 ; or il y a d'autres GES que le dioxyde de carbone, comme le méthane, les CFC, ou même la vapeur d'eau ! Pour avoir un résultat en kg de CO2, on converti donc tous ces gaz en équivalent CO2 en prenant comme mesure le Potentiel de Réchauffement Global (PRG), c'est-à-dire la capacité d'un gaz à agir sur le réchauffement climatique. Cette partie est complexe et fera l'objet d'un article en lui-même, mais ce qu'il faut retenir, c'est que l'on sait dire que le méthane "réchauffe" environ 20 fois plus que le C02 ou encore que l'hydrofluorocarbone "réchauffe" 1000 fois plus que le C02. Donc si un processus émet une tonne de méthane, on la convertira en 20 tonnes de CO2.

Les avantages d'un inventaire carbone sont multiples :

  • avoir un chiffre unique, simple sur lequel on peut communiquer.
  • pouvoir comparer ses émissions d'une année sur l'autre.
  • savoir quelles sont les sources d'émissions principales sur lesquelles concentrer ses efforts. En effet, une entreprise de service peut mettre l'accent sur l'utilisation de papier recyclé, alors que ce sont les transports et l'électricité de ses bureaux qui sont les sources d'émissions critiques (voir graphe ci-dessous, tiré du site de Jean-Marc Jancovici).

Bilan_C_graph3

Néanmoins, l'inventaire carbone a deux inconvénients structurels majeurs. Le premier est qu'il ne prend en compte que le réchauffement climatique. Vous me direz que c'est son but et ce pourquoi il a été conçu, mais il a tendance à être l'unique indicateur de la bonne santé environnementale d'une entreprise. Or, une entreprise qui rejette peu de CO2 peut tout de même être polluante différement (voir par exemple mon article sur le nucléaire). Mais plus grave encore, le bilan carbone est, la plupart du temps, uniquement un bilan carbone interne, c'est-à-dire qu'il ne prend en compte que les émissions de l'entreprise (ou d'un pays). Pour réduire leur bilan carbone, les entreprises (ou les pays) peuvent donc être tentés d'externaliser leur production. C'est entre autres ce qui se passe en Chine : si les émissions de CO2 de ce pays explosent, c'est certes parce qu'il se développe rapidement, mais aussi parce qu'une grande partie de notre production industrielle y est délocalisée ! En se focalisant sur le bilan carbone d'une entreprise, on risque donc de voir des chiffres qui ne reflètent qu'une réalité très inexacte.

Pour pallier (au moins partiellement) à ces inexactitudes, un autre indicateur environnemental a été développé... Plus de détails demain !

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09 juillet 2008

Décryptage

G8_plantationsLe G8 s'accorde pour réduire de 50% ses émissions de GES d'ici 2050 ? Info ou intox ? Voici un petit décryptage, fondé sur l'article du Monde.

Les dirigeants du G8 se sont engagés, mardi 8 juillet, à Toyako, au Japon pour que les émissions mondiales de gaz à effet de serre soient réduites de 50% d'ici à 2050.

Quand on parle de 50%, il faut un niveau de référence : en terme de gaz à effet de serre, la référence est souvent 1990 (c'est également la référence du protocole de Kyoto) donc on peut imaginer qu'il en est la même chose ici. Deux questions : que représente 2050, et que représentent 50% ?

2050, c'est dans 42 ans. Faisons un retour en arrière ; souvenez-vous, il y a 42 ans : les Etats-Unis étaient présents au Viet-Nâm et De Gaulle était président en France. On ne connaissait pas la surface lunaire, le sida ou le trou de la couche d'ozone. Il n'y avait ni blog, ni internet, ni ordinateur personnel. L'angleterre était championne du monde de football. En 1968 par exemple, on signait le traité de non-prolifération  : on voit aujourd'hui à quel point il est facile de l'appliquer... Bref, imaginer que l'on pourra contrôler nos émissions de CO2 sur une période de 42 ans est déjà bien présomptueux, mais s'accorder 42 ans pour régler un problème qui à n'en pas douter aura fait des petits d'ici là, c'est suicidaire.

Maintenant, attaquons-nous à la question des 50%. Voici un tableau des émissions des pays du G8 (chiffres issus de www.gapminder.org) :

Pays tC02/hab Habitants
(en millions)

Emissions totales
(en MtCO2)

US 19 300 5700
Canada 15 33 495
Italie 6,8 60 408
France 6,4 60 384
Allemagne 10 80 800
UK 11 60 660
Japon 8,7 120 1044
Russie 10 141 1410
Total
854 10901

Le G8 émet donc 11 milliards de tonnes de CO2 par an (30% des émissions mondiales) pour une population de moins d'un milliard d'habitants. L'engagement est de réduire cette quantité de moitié, donc d'arriver à 6 milliards de tonnes de CO2 par an. Comme nous l'avons vu dans un article précédent, l'atmosphère peut absorber chaque année environ 12 milliards de tonnes de C02 : on peut dire que les humains disposent de 12 milliards de tonnes de "quotas naturels". Le G8, représentant environ 15% de la population mondiale, s'engage donc, d'ici 42 ans, à ne s'emparer que de la moitié de ces quotas. C'est un beau geste non ? 15% des habitants qui s'engagent à ne pas manger plus de la moitié du gâteau (mais d'ici 42 ans, hein, faut pas non plus se presser...)

Cette formulation vise à enrôler les grands pays émergents tels la Chine ou l'Inde dans ces efforts, en faisant appel à la "contribution de toutes les principales économies", ainsi que l'a toujours exigé l'administration américaine.

La Chine émet actuellement 3,9 tonnes de CO2 par personne, l'Inde et le Brésil moins de 2 : ces pays émettent à eux trois moins de 7 milliards de tonnes de CO2 par an : représentant 40% de la population mondiale, ils émettent... 55% de leurs "quotas naturels".

Raisonner en terme d'émissions globales et non en terme d'émission par tête n'a pas de sens : il est sûr que l'Inde va polluer plus que les pays occidentaux, mais tant que chaque habitant ne prend que sa part du gâteau et pas plus, il n'y a aucun problème. Que les obèses occidentaux demandent aux malnutris du monde entier de suivre leur régime parce qu'ils ont du mal à se motiver tout seul, c'est un peu fort en chocolat...

Posté par Gotty à 15:37 - Carbone - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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