gotty

Pas de pitié pour les croissants !

21 novembre 2008

Incompréhension totale

J'écoutais France Info ce matin quand arrive une chronique le prix du pétrole. Après avoir rappelé que l'impact d'une chute sur le prix de l'essence ne se ferait pas sentir tout de suite, la journaliste conclut en disant : "Mais la chute du prix du baril de pétrole est une fausse bonne nouvelle ; car cette chute est la cause du ralentissement économique".

???

Première surprise : la baisse du prix du pétrole serait considérée a priori comme une bonne nouvelle. C'est là qu'on se rend compte à quel point le pétrole et ses dérivés sont pour nous une drogue : on sait, avec certitude, que l'utilisation prolongée de pétrole ne peut qu'engendrer de la pollution (que l'on sera capable ou non de juguler), on sait qu'on doit en réduire notre consommation. Mais dès que des événements extérieurs nous forcent à nous sevrer, nous nous plaignons et ne souhaitons qu'une chose : un prix bas pour pouvoir consommer autant que faire se peut. Tout comme un cocaïnomane est conscient que son addiction nuit à sa santé mais ressent un plaisir incroyable à chaque rail, nous ne parvenons pas à nous sevrer de notre mode de vie pétrolivore.

Deuxième surprise : le ralentissement économique est une mauvaise nouvelle. L'économie dont on parle ici est celle qui consomme du pétrole : industrie lourde, transports, et tous leurs dérivés et sous-traitants divers. Donc produire moins de voitures, moins de plastique, moins de trafic aérien serait une mauvaise nouvelle. Mais mauvaise nouvelle pour quoi ? pour qui ? Ce n'est pas parce que les conséquences à court terme sont (très) difficiles à supporter que c'est forcément une mauvaise nouvelle : étrangement, j'ai l'impression que pour l'environnement c'est plutôt une bonne nouvelle.

Bref, encore une analyse économico-centrée... Je croyais qu'avec l'arrivée du développement durable on avait décidé d'étudier économie, social et environnement ensemble ?

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02 octobre 2008

Greenwashing

ddLe Greenwashing, c'est le "blanchiment au vert", le "verdissage de façade" ; c'est une campagne de communication centrée autour de l'environnement qui est en totale contradiction avec les actions de l'entreprise ou du politique qui la mène. Le Greenwashing est une véritable plaie : il fait croire à une réelle volonté d'agir, alors qu'il ne s'agit que de marketing. Une fois le subterfuge découvert, la confiance diminue, et les mots "développement durable", "biologique", "équitable" inspirent méfiance et suspicion.

Le grand prix du Greenwashing 2008 va sans contest à E. Leclerc. "N'attendons pas qu'il soit trop tard pour nous occuper de la planète" est-il annoncé sur le site de l'enseigne dédié au développpement durable. Pour nous inciter à nous renseigner sur les actions en cours, E. Leclerc nous propose un jeu : un grand concours avec comme lots... 490 voyages pour 2 personnes au Sri Lanka !

Un voyage au Sri Lanka, c'est 17000 km A/R. D'après l'ADEME, les émissions des avions sont d'environ 120gCO2 par passager et par kilomètre - le chiffre est évidemment variable, et dépend par exemple fortement des conditions climatiques. Le vol émet donc environ 2tCO2 par passager, soit la totalité des émissions de CO2 auxquelles une personne a le droit dans une année. Ajoutez à cela le logement dans un hôtel de 3 à 4 étoiles en pension complète pendant 10 jours, et vous comprenez que votre jeu "Développement Durable" devient en réalité une incitation à la pollution.

Je ne doute pas une seule seconde que Michel-Edouard Leclerc nous trouvera de très belles justifications à ces cadeaux : "tourisme durable", "soutien aux populations", "découverte du monde"... Il n'empêche : nous faire croire que nous agissons pour la planète en voyageant à l'autre bout du monde, c'est une belle fumisterie.

(Merci Val pour l'info)

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17 juillet 2008

Apprenons à compter - L'IDH

Pour caractériser le développement d'un pays, les Nations Unis ont construit un indice : l'indice de développement humain, ou IDH. Cet indice est relativement bien connu en France puisqu'on nous le présentait en cours d'Histoire-Géographie, sans oublier de préciser que "La France a l'IDH le plus élevé du monde", ce qui est désormais faux (la France se classe plutôt autour de la 10e place).

Trois facteurs sont pris en compte (source Wikipedia) :

  • la santé mesurée par l'espérance de vie à la naissance, qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l'accès à une alimentation saine, à l'eau potable, à un logement décent...
  • le niveau d'éducation, mesuré par le taux d'alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision dans la société ;
  • le niveau de vie (PIB par habitant à pouvoir d'achat équivalent), afin d'englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l'accès à la culture.

L'IDH est une moyenne de ces trois indices (vous pourrez trouver les calculs précis sur Wikipedia), et est compris entre 0 et 1. Un pays est considéré comme développé si son IDH est supérieur 0.8, les pays les plus développés ayant un IDH supérieur à 0.95.

Ce qu'il faut bien noter dans cet indice c'est sa subjectivité. Les 3 critères retenus sont arbitraires, le calcul des indices l'est tout autant, et la moyenne faite est tout aussi hasardeuse : la durée de vie doit-elle vraiment être un critère, si l'ensemble des personnes de plus de 70 ans finit dans une maison de retraite ? Un niveau de vie élevé présage-t-il d'un bien-être ? Enfin, le fait qu'il soit compris entre 0 et 1 dresse une échelle, et donc des limites a priori. Bref, comme toute agrégation de différentes mesures, l'IDH repose sur un parti-pris.

L'IDH ne concerne que le développement humain, il n'y est fait aucune référence à l'environnement. Nous avions néanmoins déja vu deux indices environnementaux plus tôt cette semaine : le bilan carbone et l'empreinte écologique. Or, nous pourrions caractériser le développement durable par un développement humain élevé répondant à une durabilité environnementale : disons qu'un pays peut être estampillé développement durable s'il a un IDH>0.8 (pays développé selon les Nations Unis) et une empreinte écologique inférieure à 2ha/habitant (pays répondant à la moyenne mondiale autorisée). Quel pays répond à ces critères ?

C'est la question que s'est posée Aurélien Boutaud dans sa thèse (déja citée sur ce blog) : il a donc placé tous les pays sur un graphe en fonction de leur empreinte écologique et de leur IDH. En abscisse, l'empreinte écologique (allant du plus fort au plus faible) ; en ordonnée, l'indice de développement humain. La zone marron correspond aux pays développés mais pollueurs, la zone blanche aux pays en voie de développement mais à l'impact environnemental soutenable, la zone rouge aux pays en voie de développement et déja pollueurs. La zone verte quant à elle correspond au développement durable : IDH élevé, faible impact environnemental.

EE


Comme vous pouvez le constater, la zone verte est désespérément vide ! Les pays les plus proches d'un développement durable sont ceux d'Amérique du Sud (Costa Rica, Cuba...) le reste du monde étant soit humainement sous-développé, soit avec un mode de vie non-durable (soit les deux à la fois...).

Mais comme nous l'avions dit auparavant, les critères choisis sont très subjectifs : on pourrait choisir 0.9 ou 0.7 pour un pays développé. Ce qui est intéressant n'est donc pas tant le découpage en zones, que la tendance que l'on peut observer : il y a une courbure très nette, montrant qu'à partir d'un certain seuil une augmentation d'IDH correspond quasiment systématiquement à un impact environnemental accru. On observe également qu'aux extrêmes, de nombreux pays ont un IDH commun mais un impact environnemental allant du simple au triple (Suisse VS USA), ou alors un impact environnemental constant mais un IDH très variable (Bangladesh VS Chine).

On constate enfin que pour arriver à un développement durable, l'effort à faire par les pays développé est égal, si ce n'est supérieur à l'effort à faire par les pays en voie de développement : la distance au développement durable des Etats-Unis est égale à celle du Bangladesh.

04 juillet 2008

Qu'est ce que le développement durable ?

Donner une définition du développement durable, en voila une tâche difficile.

Le concept de "développement durable" est apparu dans les années 70, mais a vraiment été lancé avec le rapport Brundtland en 1987 (rapport Notre avenir à tous). On parle en anglais de "sustainable development", traduit en français par "développement soutenable". C'est une traduction que je préfère nettement à développement durable, qui a tendance à insister sur le caractère temporel de la chose plutôt que sur l'idée de pression (le contraire de soutenable étant insoutenable). Des entreprises n'hésitent pas à dire qu'elles font du développement durable puisqu'elles se développent depuis longtemps, et promeuvent leur développement à long terme... Ca laisse rêveur.

La définition retenue pour le développement durable est : « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. » Accompagnant cette définition figure souvent le diagramme décomponsant la société en 3 piliers :

DiagrammeDD


D
epuis 1987, cette définition a été soumise à de multiples interprétations contradictoires, comme le présente Aurélien Boutaud dans sa thèse : "Le développement durable : penser le changement ou changer le pansement ?" En effet, pour passer d'une définition floues à des données chiffrées, le choix des critères retenus est tout sauf objectif. Par exemple, qu'est-ce qu'un pays "avancé en développement durable" ? Est-ce un pays qui consomme peu de ressources (comme le Bangladesh) ou est-ce un pays avec de nombreux parcs nationaux protégés (comme les Etats-Unis) ? Selon les critères que l'on prend en compte, on peut arriver à des résultats complètement contradictoires. Dans le tableau ci-dessous (réalisé par les Amis de la Terre) sont classés 20 pays selon 2 indices : le ESI, commandité par le forum économique de Davos, et le E-HDI, commandité par les Amis de la Terre. Si ces indices s'appliquent à tous les pays du monde, seuls les 10 premiers et les 10 derniers du classement ESI ont été volontairement retenus, afin de bien montrer les différences fondamentales entre ces indices.

indices

Comme vous pouvez le constater, les classements sont quasiment complètement inversés : la Finlande qui se trouvait 1ere du classement ESI se retrouve 16e du classement des Amis de la Terre. Dès lors, comment un pays pourrait se targuer d'être "plus propre" qu'un autre ?


Cette différence de résultats vient surtout de deux approches différentes de la "soutenabilité" :

  • la soutenabilité faible se base sur le principe : "pas d'environnement sans une économie forte". Pour les tenants de cette approche : la Nature a une valeur économique (appelée Capital Naturel), et les décisions concernant l'environnement doivent être prises en se fondant sur cette valeur économique. Le développement durable passe donc avant tout par un développement économique au service de l'environnement : on retrouve là les valeurs qui fondent l'indice ESI.
  • la soutenabilité forte est tout l'inverse : l'environnement conditionne notre vie, l'écologie doit être notre priorité. Sans environnement favorable, pas de vie humaine. La Nature a une valeur en soi, il faut donc la préserver coûte que coûte.

Donner une définition du développement durable n'est donc pas impossible, mais y trouver une déclinaison scientifique unique l'est : tout est question d'interprétation. Donc quand Total ou le WWF parlent de développement durable, demandez vous de quoi ils parlent précisément : de croissance économique très forte, ou de sauvegarde de la biodiversité ?
 

Posté par Gotty à 16:00 - Développement Durable - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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