gotty

Pas de pitié pour les croissants !

10 septembre 2008

La décroissance - comment ça marche ?

escargotJ'avais parlé il y quelques temps de la décroissance. Rappelons-en le concept. Dans une société de décroissance, la croissance ne devient plus un objectif : la croissance économique, mais aussi la croissance de la consommation, la croissance technologique ne sont plus des fins en soi. Les décroissants décorrèlent "avoir plus" de "être plus heureux" et prônent donc une "simplicité volontaire" qui conduirait à plus de bonheur.

Étant moi-même partisan d'une telle vision du monde, je me dois d'expliquer concrètement comment je la vis. C'est évidemment personnel et cela n'engage que moi.

  1. Je n’ai pas de voiture, je ne prends quasi-jamais de voiture. Dès que je le peux, j’évite également de prendre les transports en commun et préfère mon vélo. Prendre son temps pour aller d’un point à un autre, ça déstresse.
  2. J'ai fait un moratoire sur l’avion : après avoir pris 20 vols en 6 mois aux États-Unis, je me dis qu’il faut que je laisse un peu la planète respirer… Je ne voyage plus qu’en Europe (et plutôt en France), et en train.
  3. J’ai décidé de ne rien acheter de neuf, hors consommation quotidienne bien sûr. Le but est de supprimer l’envie de toujours avoir la dernière nouveauté (Wii, EEEPC, vêtements etc.) et sortir un peu de la société de consommation. Pour l’instant, je tiens bien et je me base sur ebay et freecycle dès que j’ai besoin de quelque chose. Ne rien acheter, ça vaut aussi pour les cadeaux... c'est un peu plus tendu, mais avec un peu d'imagination on arrive à offrir des choses sympas quand même...
  4. Autant que faire se peut, j’achète bio. Avec mon colocataire, nous prenons des paniers de fruits et légumes qui viennent directement de producteurs locaux.
  5. J’essaye de me dégager le plus de temps possible pour des activités sociales : cuisine, jeux avec les potes ,ballades etc. J’essaye aussi d’accueillir des gens (via Couchsurfing) et de renouer les liens avec les gens de ma famille, pour autre chose que « un réseau professionnel ».

La décroissance est un nouveau paradigme, c'est-à-dire une nouvelle vision du monde. Suivre un nouveau paradigme est risqué, puisqu'en se coupant du mode de pensée dominant, on peut se sentir devenir un paria. Il n'est en effet pas rare d'être moqué parce que l'on consomme moins ou que l'on consomme différemment : qui n'a jamais fait une blague sur les produits bio "sans sucres rapides" ?

Il faut donc réussir à trouver un équilibre entre un certain prosélytisme et l'adaptation à la vie en société, ce qui n'est pas toujours facile : si mes amis me proposent de partir en vacances à Tanger, dois-je accepter et donc prendre l'avion, ou dois-je refuser et me couper de mes amis ? Quand une connaissance me dit qu'il a réussit à acheter un iPhone à 200€ sur ebay, dois-je être content pour lui, ou dois-je lui rappeler la futilité de consommer toujours plus au risque de paraître grincheux ?

Il n'est pas facile de trouver sa place dans une société qui ne tourne pas autour des mêmes principes que les siens, mais il me semble que les problèmes planétaires en jeu valent bien quelques questionnements.

Posté par Gotty à 14:52 - Réfléchissons - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :


04 septembre 2008

Quelques précisions sur la voiture électrique

Comme souvent quand je parle d'énergie, j'ai fait quelques raccourcis rapides dans mon dernier billet sur les voitures électriques, et je me suis un peu emmêlé les pinceaux. Alors, je précise.

Tout d'abord, ma réflexion dans l'article était erronée, comme me l'a fait remarqué Val : raisonner sur la quantité d'énergie utilisée par une voiture "classique" et essayer de le convertir en énergie électrique ne vaut pas. En effet, le rendement du moteur n'est pas du tout le même : le rendement d'un moteur thermique (à essence ou diesel) est de l'ordre de 30% alors que celui d'un moteur électrique est plutôt de l'ordre de 80%. Cela veut dire que pour 100 d'énergie dans le réservoir, seul 30 sera effectivement utilisé pour déplacer la voiture avec un moteur thermique, alors que 80 seront utilisés dans une voiture électrique. Pour parcourir une distance donnée à une vitesse donnée, la voiture électrique consommera donc moins d'énergie que la voiture classique. A l'inverse, il y a des pertes énergétiques lors de la recharge de la batterie que l'on n'a pas quand on fait le plein : pertes lié au transport de l'électricité, au processus de recharge de la batterie...

Donc, comparer voiture électrique avec voiture à moteur thermique sur ce point là est assez absurde. Val me suggérait donc, à juste titre, de regarder plutôt la consommation (au kilomètre) des voitures électriques, et de refaire le calcul à partir de là. C'est ce que j'ai fait dans mon commentaire, mais ma réflexion comporte une erreur que je me dois de vous expliquer.

L'énergie primaire est l'énergie qui est disponible dans la nature, avant toute utilisation : le soleil, le bois, le pétrole sont des sources d'énergie primaires. L'énergie secondaire est l'énergie produite à partir de ces sources ; nos centrales n'ont en effet pas un rendement de 100% : pour le solaire, le rendement est plutôt de l'ordre de 15%, pour le nucléaire de 30% et pour les centrales à charbon de 45%. Enfin, l'énergie consommée est l'énergie secondaire, à laquelle on soustrait les pertes dues à l'utilisation de l'objet (pertes sur le réseau essentiellement) : les pertes sont assez minimes (de l'ordre de 10%) donc on peut les négliger. Le schéma ci-dessous devrait éclairer votre lanterne.

energie

Dans mon commentaire, je calcule et calcule, et arrive à dire : le parc automobile, s'il n'utilisait aujourd'hui que des voitures électriques, consommerait 33 000 GWh (énergie consommée). Par contre, parler ensuite d'énergie primaire n'a pas de sens ! En effet, pour passer de l'énergie consommée à l'énergie primaire, il faut passer par le rendement de la centrale que l'on étudie. Or, je suppose que ce sera du nucléaire, mais ce qui n'est pas forcément vrai : peut-être que nous pouvons augmenter notre part d'éolien, ou au contraire utiliser beaucoup de pétrole. Mais surtout, les puissances des centrales sont en énergie consommée, pas en énergie primaire : quand on dit qu'une centrale a une puissance de 1GW, cela veut dire que si l'on fait tourner la-dite centrale pendant une heure, on obtiendra 1GWh d'énergie secondaire (qui est presque de l'énergie consommée, à 10% près).

Donc, après calcul, avec notre situation technologique actuelle, passer l'ensemble des voitures en électrique voudrait dire consommer l'énergie de 5 EPR, ou 3000 éoliennes nouvelle génération, ou 10km² de panneaux solaires. Mais encore une fois, tout n'est pas si simple. En effet, l'un des gros problèmes c'est que l'électricité produit ne se stocke pas, ou alors très mal. Ainsi, 5 EPR produisent effectivement l'énergie requis sur une année à condition de tourner 24h/24h. Mais, il est plus que probable que les recharges de voiture se fassent en majorité la nuit (il faut 10h pour recharger une voiture). Donc, si vous n'utilisez vos EPR que 12h sur 24, c'est 10 EPR qu'il vous faudra ! Les éoliennes et les panneaux solaires qui ne produisent de l'électricité que par intermittence (et surtout le jour pour les panneaux) ne seraient pas du tout adapté à ce genre d'utilisation.

Voici les précisions faites. La conclusion, elle, reste au finale inchangée. L'électricité, c'est bien, ça n'émet pas de gaz à effet de serre à utiliser. Par contre, la production n'est pas forcément propre (déchets nucléaires, centrales à charbon...) mais surtout, il faut en permanence que la production et la consommation s'équilibre. Transférer notre consommation de pétrole en consommation d'électricité n'est pas forcément "propre" : tout dépend de comment nous produisons notre électricité.

Posté par Gotty à 14:32 - Automobile - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

01 septembre 2008

La voiture électrique : la panacée ?

voiture_electriqueLes nouvelles sont bonnes, mais en fait pas trop : les voitures européennes émettent globalement moins de CO2 que l'année passée, mais la réduction n'est pas assez significative pour remplir les objectifs communautaires. Du coup, ça râle...

Une solution souvent présentée comme idéale est la voiture électrique : elle n'émet pas de CO2, fait peu (ou pas) de bruit, une conduite souple, agréable... Alors j'ai fait un petit calcul de coin de table, juste pour voir.

Tous les chiffres donnés ici sont volontairement minimisés, pour que le résultat soit un minimum nécéssaire. En France, 20 millions de voitures parcourent en moyenne 10000km par an. Cela fait donc 200 milliards de km par an.

Une petite voiture consomme environ 5L au 100km parcourus, cela fait donc 10 milliards de litre d'essence par an. Pour convertir ces litres en énergie, on utilise la tonne équivalent pétrole (tep) : c'est l'énergie contenue dans une tonne de pétrole. La tep est bien une unité d'énergie. En gros, un litre d'essence fait un kilo (un peu moins en fait : rappelez vous que l'essence flotte, donc est moins dense que l'eau) et est constitué très majoritairement de pétrole, donc une tep correspond à 1000 litres d'essence. 10 milliards de litres font 10 millions de tep : 10 millions de tep sont donc consommées chaque année pour le transport des particuliers.

Je rappelle 10 millions de tep, cela représente une énergie. Cette énergie, produite par une centrale nucléaire, serait de 100 millions de MWh, ou encore 100 000 GWh.

Un réacteur de nouvelle génération produit, au maximum, 10 000 GWh/an.

Donc, en ne prenant pas en compte de changements technologiques fondamentaux dans les rendements des moteurs, il faudrait construire de l'ordre de 10 nouveaux réacteurs nucléaires pour alimenter en électricité les voitures françaises (sachant qu'il y a environ 50 réacteurs en ce moment). Ce n'est pas exactement ce qu'on pourrait appeler une mesure écologique...

On le voit ici, comme on peut le voir dans beaucoup de domaines : ce n'est pas la science qui parviendra à résoudre fondamentalement le problème. Les vrais solutions sont une combinaison d'améliorations technologiques et une réduction de la consommation (la sobriété). Raaah, on va encore me taxer de décroissant.

__________________________

Photo : Malaurie Family sur Flickr

Posté par Gotty à 09:12 - Automobile - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
« Accueil  1