gotty

Pas de pitié pour les croissants !

25 août 2008

Bien manger, volume 1

Sur Rue 89, un article intéressant a été publié sur les essais du bio par une rédactrice du journal en ligne.

Cet article est intéressant car il livre les impressions de "Monsieur tout le monde" sur le Bio (ou la Bio, pour les puristes) ; ce n'est pas pour autant un dialogue de comptoir, puisqu'il est relativement bien argumenté. Puisque mon colloc et moi faisons nous aussi très attention à ce que nous mangeons, je me propose donc de livrer tout au long de la semaine mes impressions sur notre alimentation.

Nous ne sommes intégristes d'aucune forme d'alimentation (certains diraient que nous ne sommes pas intransigeants), mais nous faisons systématiquement attention à ce que nous mangeons : nous mélangeons donc les styles, des produits habituels au bio en passant par les produits locaux.

La base de notre alimentation est des fruits et légumes produits localement : nous sommes en effet adhérents à une AMAP, une Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne (enfin, dans les faits ce n'est pas exactement une AMAP pour deux trois subtilités, mais l'esprit est là). Le principe est un échange équitable entre des producteurs et des consommateurs, via des salariés de l'association. Le fonctionnement est relativement simple :

  • le consommateur adhère à l'association pour environ 6 mois. Il choisit au départ quel type de produit il veut et en quelle quantité. Nous nous sommes inscrits pour les fruits et les légumes pour une personne. On n'a par contre pas le choix de quels fruits ou quels légumes nous aurons.
  • le paiement se fait au début de chaque période de 6 mois : il est composé du prix des 6 mois de paniers - entièrement reversé aux producteurs - et du coût de fonctionnement de l'association pour 6 mois. Le paiement est bien sûr prélevable en 6 fois, ce qui compte c'est l'engagement sur la durée. Pour nos fruits et légumes, nous payons chaque semaine 12€ et 2,5€ de frais de fonctionnement.
  • chaque semaine, nous allons récupérer nos produits dans un lieu déterminé, qui en l'occurence est à 5 minutes de notre domicile (en centre-ville).

Au finale tout le monde s'y retrouve gagnant :

  • le producteur est en moyenne mieux payé, mais surtout il est payé régulièrement. Le client n'est plus roi, donc on ne risque plus la surproduction ou au contraire la sous-production : s'il y a trop de cerises, le panier fruit sera constitué principalement de cerises. S'il n'y a pas de pêches, et bien il n'y a pas de pêches. C'est un contraste saisissant avec ce qui peut se faire dans la distribution classique. De plus, sur chaque lieu de distribution, un producteur est présent : cela permet de nouer un lien entre producteur et client.
  • le client paye son panier un prix équivalent au prix du marché : 15€ pour des fruits et légumes pour une semaine et pour deux personnes, ça paraît raisonnable, non ? Certes, on n'a pas le choix du contenu, mais ce n'est pas plus mal : c'est un vrai plaisir d'attendre la livraison pour savoir ce que l'on cuisinera et découvrir de nouveaux légumes. L'association fait tout de même attention à la diversité du contenu, et on a au moins 4 fruits et 4 légumes différents.
  • l'association créée des emplois. Ces emplois sont à temps partiel selon l'adage "Travailler moins pour vivre mieux". Ils sont néanmoins correctement rémunérés, bien que la marge de l'association soit de 25% seulement, contre 47% en moyenne dans la grande distribution.

Les produits sont tous des produits locaux et de saison. Pas d'oranges, pas de tomates avant juillet, mais des produits variés et surtout assez surprenants (courgette jaune, topinambour, blettes, rutabaga...) Ils sont parfois bio, parfois pas (il faut savoir que l'agriculture biologique est contraignante, et qu'un agriculture peut très bien faire très attention à ses méthodes agricoles sans pour autant pouvoir être labellisé Bio). Pas de dépenses de carburant inutiles, pas de productions hors-sol, mais l'agréable sensation d'avoir son réseau de producteurs comme on a son boulanger ou son boucher.

Il est donc possible de bien manger pour pas cher, tout en rémunérant correctement le producteur, en créant des emplois et en tissant un lien social entre producteur et consommateur. Du social, de l'économie, de l'environnement... ça me rappelle quelque chose.

La suite de la bonne-bouffe demain !

Posté par Gotty à 11:59 - Alimentation - Commentaires [10] - Permalien [#]
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Commentaires

    Je poste donc je suis

    En pratique, ça ressemble à quoi une AMAP type en centre-ville ? C'est un magasin avec pignon sur rue ? Ou juste une réserve ouverte une seule fois par semaine au moment de la remise des paniers ? Ca représente combien d'heures de travail pour combien de clients environ ?

    En tout cas le principe à petite échelle est intéressant. Dès que j'aurai acheté mon robot Seb (sans lequel il est convenu que je n'aurai jamais la patience de me préparer des légumes), je commencerai à y penser plus concrètement...

    Posté par tiou, 25 août 2008 à 14:14
  • Pour info le chiffre de 47% est une moyenne pour l'ensemble de la filière distribution à l'échelle nationale (pas forcément la "grande" distribution).

    D'après http://www.rue89.com/2008/08/21/fruits-et-legumes-les-paysans-deballent-le-public-semballe, la marge dans la grande distribution peut atteindre un confortable 80%, faisant d'une pierre moins de sous pour les producteurs et la pauvre ménagère qui pensait pourtant que ce bon vieux Edouard L. travaillait jour et nuit à augmenter son pouvoir d'achat.

    Aller, c'est la rentrée et son cortège de bonnes résolutions: je prends ma carte au Nouveau Parti Anticapitaliste.

    Posté par Sirius, 25 août 2008 à 14:18
  • @tiou : une AMAP dispose d'un local (type entrepot) pour réunir l'ensemble des fruits et légumes, puis les répartis entre différents lieux de distribution (2 à 3 par jour pour notre AMAP). Les lieux de distribution sont très divers : des cinemas indépendants, des locaux communaux (MJC, Annexes), des gymnases... bref, plein de possibilités ! Ces lieux sont ouverts normalement, juste une petite partie est alors utilisée pour faire la distribution pendant 2 heures le soir.

    Il faut compter, en gros, 20h de travail pour 100 consommateurs.

    Posté par Gotty, 25 août 2008 à 14:22
  • "le client paye son panier un prix équivalent au prix du marché"


    Quel est alors l'intérêt de ce genre de structure vis-à-vis du marché traditionnel?

    quand je compare les deux, j'ai l'impression qu'au marché aussi:

    -j'ai les legumes de saisons.
    -les méthodes ne sont pas celles de la grande distribution et le lien avec le producteur peut se faire.
    -le client ne s'engage pas pour six mois et n'est pas obligé de surconsommer du fait du panier définit à l'avance (ça peut arriver en AMAP, et peut aller faire ses courses en fruit et légumes que quand il en a réellement besoin.

    Par contre, il n'y pas de garantie du bio.

    donc il est aussi possible de:"manger pour pas cher, tout en rémunérant correctement le producteur, en créant des emplois et en tissant un lien social entre producteur et consommateur. Du social, de l'économie, de l'environnement..."

    Posté par brize, 26 août 2008 à 11:32
  • @Brize : Tout d'abord, il faut différencier le marché de producteur du marché tout court. Au marché, tu peux très bien trouver des haricots du Kenya ou des mandarines d'Afrique du Sud : les maraîchers sont alors de simples négociants, achetant à Rungis (ou autre salle de marché) des produits pour les revendre sur leur étal.

    Le marché de producteur se rapproche clairement de l'AMAP : vente de produits locaux, de saison, par le producteur même. Il y a néanmoins quelques différences :
    - un marché prend beaucoup de temps pour un producteur, alors que dans une AMAP, il n'est pas présent systématiquement : le roulement entre les producteurs permet de minimiser leur présence. Et ils n'ont plus toutes les responsabilités d'organiser leur étal, leurs produits etc.
    - le revenu de l'agriculteur est incertain : en été, il gagne moins bien sa vie (moins de gens font de marchés l'été) alors qu'il gagne plus de sous en automne. L'AMAP permet de lisser un peu la courbe. C'est la raison de l'engagement.

    Pour en avoir discuté avec des producteurs, ils sont en général plus satisfaits par le système des AMAP que par les marchés de producteurs, plus contraignants.

    Mais bon, ça va, tu peux aller faire tes courses au marché de producteurs, je te lancerai pas de pierres pour autant !

    Posté par Gotty, 26 août 2008 à 11:43
  • Remarque : pas besoin d'aller dans un marché de producteur ; tu peux aussi faire tes courses dans un marché "tout court" et sélectionner toi même ceux des commerçants qui te proposent les légumes de saison et de la région.

    De plus, je fais le marché tous les week-ends et j'avais commencé à me renseigner pour m'inscrire à une amap avec une collègue (beaucoups de cleints amap parmi les collègues...). Pour avoir comparé les prix et les quantités dans les deux cas (peut-être variable selon les amap, je ne sais pas) le marché m'avait semblé moins cher que l'amap avec le choix en plus.

    Posté par Romain, 27 août 2008 à 16:52
  • @Romain : l'engagement dans une AMAP va un peu plus loin qu'une simple question de prix. Il s'agit aussi d'une démarche de soutien du producteur, de favorisation de la biodiversité (plus facile de faire pousser des légumes "étranges" quand on est sur de les écouler) etc.

    Mais pour te répondre sur la question du prix, voila ce que nous avons eu cette semaine pour 14,5€ (moitié fruit, moitié légumes) :

    -250g de framboises
    -125g de myrtilles
    -6 poires rigolotes (des poires au goût de pomme...)
    -1 melon

    -1 salade
    -6 courgettes rondes (ça aussi c'est rigolo)
    -1 aubergine
    -500g de tomates
    -1 sachet d'haricot vert (350g je présume)
    -4 oignons
    -1 betterave

    Certes, c'est l'été, donc la diversité est là. Mais question prix, je pense qu'on est dans la moyenne du marché, non ?

    Posté par Gotty, 27 août 2008 à 16:57
  • Vendu ! J'achète au marché samedi la même chose (si je les trouve, ...la betterave c'est pas plutôt un légume d'automne ou d'hiver ? enfin passons) et je poste ici les prix !

    Posté par Romain, 27 août 2008 à 17:09
  • Alors? verdict?

    Posté par Val, 02 septembre 2008 à 09:51
  • On a donc fait le test avec Romain sur la liste de cette semaine. En face de chaque produit figure le prix sur le marché (qui n'est pas un marché de producteur si je ne m'abuse).

    - 250g de framboises : 2,30€
    - 1 kg de poires : 1,60€
    - 7 Nashis (des petites poires du Japon) : ???

    - 1 chou rouge : 1,50€
    - 1 salade : 0,80€
    - 1 concombre : 0,90€
    - 1 kg de Pomme de terre : 0,80€
    - 1 kg de courgettes : 0,9€
    - 1 kg de tomates : 1,50€

    Pour les légumes, on a donc un prix parfaitement comparable (6,4€ contre 7,2€ en AMAP) : l'incertitude sur les produits (taille du chou, de la salade, du concombre, certains produits bio en AMAP) expliquent sûrement l'écart.

    Pour les fruits, plus grosse incertitude vu qu'on ne connait pas le prix des nashis. Mais 7 Nashis font je pense autour de un kilo, qui doit probablement être plus cher qu'un kilo de poires "normales", rareté oblige. A 2,50€ le kilo, on retrouverait encore le même ordre de grandeur (6,50€ contre 7,2€).

    Allez, je vous l'accorde, l'AMAP est peut-être 10% plus cher que le marché. Mais certains produits étant bio ou d'espèces "étranges", je pense qu'au finale on s'y retrouve...

    Posté par Gotty, 08 septembre 2008 à 11:13

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