gotty

Pas de pitié pour les croissants !

13 août 2008

Intransigeance

En cette période estivale, j’ai hésité à rédiger un article « lol », et puis en fait non, je vais faire mon bougon. La lolittude attendra.

 

Une véritable question me taraude : à quel point faut-il pousser l’intransigeance ? Je m’explique. Il me semble que (presque) tout le monde est prêt à faire des efforts pour la planète : cela va de celui qui ira au travail à vélo à celle qui achètera des produits démaquillants « bio ». Une certaine volonté est là. Néanmoins, j’ai l’impression que c’est « l’intransigeance » qui est absente : dès que l’on voit quelqu’un faire quelque chose a priori en contradiction avec ses déclarations, il nous répond « Oui, mais je n’ai pas le choix ».

 

Prenons l’exemple de l’avion : j’entends à droite à gauche (surtout à gauche) que « L’avion, c’est mal ». L’explication est plutôt simple : 60gCO2/km par passager, c’est plus que n’importe quel transport, sauf à prendre seul sa voiture. 60gCO2/km, ça fait 2,4 tCO2 l’aller-retour en Nouvelle-Zélande, soit plus que ce que l’on aurait le droit d’émettre en une année. Bon nombre de mes connaissances reconnaissent donc que « prendre l’avion pollue quand même beaucoup ». Mais quand il s’agit de faire des efforts, il y a toujours une bonne excuse : « C’est un voyage professionnel, je n’ai pas le choix », « Je ne vais quand même pas arrêter d’aller voir ma famille qui est à l’étranger ? », « On a encore le droit de voyager, non ? ».

 

Continuons avec un autre exemple : après avoir lu un article comme celui que j’ai rédigé sur les impacts de la consommation de viande sur l’environnement, on entend beaucoup de « Ohhh, ahhh, je savais pas. Très intéressant comme article, hop, je mets un lien sur mon skyblog. » Mais quand il s’agit de changer son régime alimentaire, il n’y a plus grand monde…

 

Ne pas prendre l’avion, changer son alimentation… ce sont pourtant des mesures très efficaces : bien plus en tout cas que d’installer une chasse d’eau double débit (mais installez-en une quand même, ça fait pas de mal).

 

Il me semble donc qu’il faut faire preuve d’une certaine intransigeance : les voyages de loisirs ne doivent jamais se faire en avion, toujours en train ou en voiture à plusieurs et sur de courtes distances (à 4 dans une Renault Clio, on tombe à 30gCO2/km par passager – sur 3000km A/R, on est donc à 90kgCO2 par personne). Vous refuseriez un emploi qui vous enverrait en Irak ? Et bien refusez un emploi qui vous demandera de grands déplacements en avion. C’est sûr, ces mesures sont contraignantes : on part moins loin en vacances, on passe plus de temps dans les transports, on peut refuser des postes à plus hautes responsabilités. Mais c’est en faisant preuve d’intransigeance que l’on évite de se poser des questions.

 

Ainsi, après avoir un peu abusé de l’avion, je me suis interdit tout transport aérien. Depuis, dans ma tête, l’avion n’existe pas, ce n’est jamais un moyen de transport envisageable : si je dois aller en Italie, je regarde les horaires des trains couchettes, si je dois aller en Russie, je regarde les horaires de Transsibérien. Je ne me propose même pas le choix.

 

Ce raisonnement peut paraître extrémiste. Il fait peur, parce que changer ses habitudes fait peur. Perdre un peu de son confort fait peur également.

 

Et pourtant, je reste persuadé que ce sont les actions individuelles qui vont permettre le changement. En effet, aucun homme politique n’oserait légiférer pour réduire le transport aérien, réduire la consommation de viande ou la consommation tout court : il se heurterait violemment aux syndicats. A l’inverse, les prises de conscience individuelles se faisant progressivement, les filières concernées seraient touchées progressivement : ainsi, si nous prenons de moins en moins l’avion, l’industrie aéronautique connaîtra un ralentissement, mais qui pourra être comblé par une croissance de l’industrie ferroviaire. Enfin, nous sommes tous individuellement responsables de nos actes : j’aime donc croire que nous pourrons agir individuellement de manière responsable. A condition d'être intransigeant !

Posté par Gotty à 11:19 - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Rha bravo, tu nous as annoncé un post anti-lolage et on est pas deçu ! Pas d'article sur les crèmes solaires, sur le recyclage des tongues ou sur les brumisateurs de terrasses de café, non juste un article pour faire culpabiliser ceux qui ont passés leurs vacances en Australie à manger du steak de kangourou.

    Pour ma part, heureusement ma famille habite à portée de voiture et de train, mon travail m'envoie rarement à l'étranger, je suis pas fan de soleil et de plages de sable fin et je kiffe pas tant que ça la viande. Mais ce n'est pas vraiment moi qui l'ai choisi. Bref, légèrement écolo complètement par hasard.

    Je doute que les actions individuelles de quelques-uns soient suffisantes pour avoir petit à petit un impact sur l'économie. Pour qu'elles aient un impact, il faudrait que ces exemples soient relayés sérieusement par les médias et encore là, il semble difficile de rendre le message plus persuasif que les pubs des compagnies aériennes ou les pubs pour la viande. On ne pourra pas se passer d'actions politiques pour réguler les marchés, rendre les voyages en avion plus chers, la viande plus chère, etc...

    Posté par tiou, 14 août 2008 à 12:56
  • Au niveau politique, les taxes sur le pétrole sont censées réguler la consommation d'essence. Disons que c'est déjà ça ...
    Mais bon ce qui craint, en fait, c'est que ça coûte aussi cher de faire Lyon-Berlin en avion qu'en car, par exemple - et ça prend dix fois moins de temps. Pour le consommateur distrait, le choix est vite fait.

    Et la SNCF choisit le moment où le pétrole vaut cher pour augmenter ses prix au lieu de les baisser pour inciter les gens à lâcher leurs voitures et changer leurs habitudes. Heureusement que le profit à court terme passe avant tout.
    Encore, ce serait acceptable si la SNCF n'avait pas le monopole du transport ferroviaire ...

    Posté par H, 19 août 2008 à 16:26
  • H,

    En ce qui concerne la SNCF, la position des français est très troublante. Quand on leur parle de suppression de petites lignes, de hausse du prix du billet, les gens râlent en disant "C'est quand même scandaleux qu'un établissement public ne rende pas ce service public". Mais dès lors qu'une grève arrive, on critique ce "service public privilégié", on rit très fort du déficit de RFF, et on souhaite une privatisation massive "pour mettre de l'ordre là-dedans". Il faudrait savoir...

    En ce qui concerne ton premier paragraphe, bien sûr que le choix est vite fait. C'est pourquoi il faut être capable de s'interdire ce choix, et de se l'interdire tout le temps, en toute circonstance.

    Posté par Gotty, 19 août 2008 à 16:45
  • Juste pour réagir au conseil de refuser un poste à responsabilités s'il implique des déplacements en avion fréquents... Je dirais au contraire qu'il est absolument essentiel que des personnes à forte sensibilité écolo occupent des postes à hautes responsabilités! La tactique que je conseillerais serait plutôt: acceptez les postes à responsabilités jusqu'à avoir le pouvoir d'interdire les déplacements en avion dans votre boîte.

    Posté par Antho, 25 août 2008 à 16:49
  • On discutait l'autre jour de la part de responsabilité des gens qui distribuent des pubs dans les boites aux lettres et on se demandait si ces gens avaient le choix ou non de faire ce genre de boulot même si c'est contre leur éthique.

    Que dire de l'étudiant (moi) qui prépare plus de 1000 liasses d'une dixaine de pub par heure pour 8€71 brut? Combien d'arbre ai-je tué cet aprèm pour me faire une trentaine d'euros net en 4 heures?

    Malheureusement, ces pensées ne m'ont traversé l'esprit qu'après avoir accepté avec le sourire d'y retourner dès 6h demain matin...

    Posté par pierre, 28 août 2008 à 22:46

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