30 juillet 2008
Ah, mais tu fais quoi pour...
Voila une question qu'on me pose souvent quand je parle d'instaurer un certain changement, quel qu'il soit. "Tu te dis opposé au nucléaire. Mais tu proposes quoi comme énergie ?" "Tu dis qu'il faut moins consommer de pétrole. Mais tu fais quoi pour le banlieusard qui doit aller au boulot ?" "Tu dis qu'il ne faut pas prendre l'avion. Mais tu fais quoi pour les gens qui habitent loin de leur pays natal ?"
Ce à quoi je réponds : "Je n'en sais rien".
En fait, ces dialogues illustrent parfaitement la question de la soutenabilité forte ou faible, que j'avais évoquée précédemment. Ma conception du monde est que l'environnement prime sur tout, en ce qu'il est une contrainte inamovible. Je n'ai le droit qu'à 2 hectares d'empreinte écologique ? Et bien je n'utiliserai que 2 hectares. Je dois émettre moins de 2 tonnes de CO2 par an ? Soit. Je pose donc la contrainte environnementale en premier, et mon mode de vie, mon économie, mes possibilités s'adaptent en conséquence.
A l'inverse, mes interlocuteurs sont le plus souvent partisans d'une soutenabilité faible : "J'accepte d'agir pour l'environnement uniquement si cela ne gêne pas telle ou telle action". Bien sûr, ils sont conscients que la préservation de l'environnement est importante, mais ils sont persuadés que la Science pourra nous sauver : soit en permettant de réduire nos émissions, soit en rehaussant le seuil de nos émissions possibles. C'est une position certes plus confortable, en ce qu'elle ne nécessite aucune action et donc aucun changement ; il n'empêche qu'elle est du domaine de la croyance, de la foi.
Nous sommes naturellement enclin à être partisans d'une soutenabilité faible, puisqu'elle préserve notre mode de vie à court terme et repose sur l'incertitude du long terme. Pourtant, à l'échelle internationale, les français ont tendance à se ranger derrière la position de l'Union Européenne, prête à se conformer à des objectifs de réduction chiffrés, et conspuent nos cousins outre-Atlantique qui refusent des mesures coercitives et ne souhaitent pas que l'on touche à leur American way of life.
Comment on dit déja ? La poutre, la paille, l'hôpital et la charité ?
28 juillet 2008
La décroissance démographique
J'écoutais la semaine dernière une émission sur France Inter à propos de l'immigration dans laquelle un intervenant expliquait "Si l'on veut que notre système économique puisse perdurer, il faudra d'ici 2050 avoir recours à 50 millions d'immigrés en Europe."
Je ne remets pas en cause ce chiffre, mais je m'étonne tout de même : comment peut-on qualifier de "durable" un développement qui nécessite toujours plus de main d'oeuvre et plus de consommateurs ?
D'un point de vue social tout d'abord, la vision m'apparaît abjecte : les pays en voie de développement, à la natalité plus élevée, deviendraient la "pouponnière" des pays développés, qui ne voient en la natalité qu'une contrainte et un empêchement au bonheur. Ca me rappelle quelque peu la vision de Huxley dans Le Meilleur des Mondes, où les classes inférieures (Epsilon et Delta) s'occupent des naissances de l'ensemble de la société. La courbe actuelle est déja assez éloquente.
Mais au-delà de cette vision très consumériste de la vie humaine, c'est la soutenabilité du raisonnement qui m'inquiète réellement. Depuis 1000 ans - à l'exception de la Peste Noire et de quelques guerres - la population a toujours crue en France. Depuis les années 60, le taux de croissance est d'ailleurs relativement constant (environ 300000 français de plus chaque année). Quelle est la limite de cette croissance ?
Au XVIIIe siècle, Malthus préconisait une réduction drastique de la natalité. Pour lui, la croissance démographique est géométrique (1, 2, 4, 8...) alors que la croissance des ressources disponibles n'est qu'arithémtique (1, 2, 3, 4), conduisant inévitablement à un épuisement des ressources et à une famine généralisée. Heureusement, ces estimations étaient fausses, puisque l'augmentation des rendements agricoles a été supérieur à l'augmentation de population.
Fort de cette expérience, nombreux sont ceux qui pensent qu'il n'y a pas, à proprement parler, de limites à la population humaine, toute augmentation de population pouvant être compensée par une amélioration technologique. On peut en douter : actuellement, les prélèvements de matière premières et les émissions de déchets à l'échelle mondiale sont problématiques. Si l'on se réfère à l'article sur l'empreinte écologique, on constate qu'un doublement de la population divise mathématiquement notre empreinte écologique admissible par 2, soit environ 1ha/personne. Quel développement possible avec une marge de manœuvre si réduite ?
Mais admettons. Admettons une population constante autour de 12 milliards d'individu, vivant avec un mode de vie "soutenable". Comment notre économie actuelle pourrait-elle se développer ? Notre système économique est en effet fondé sur la croissance économique, et donc sur une croissance démographique : en effet, la croissance passe par la consommation, et qui dit population qui décline veut dire consommation qui décline... De même, en France, le système des retraites par répartition repose sur une population de travailleurs (nettement) supérieure à la population en retraite. Pour être schématique, il faut donc des jeunes pour que les vieux survivent. Mais quand les jeunes d'aujourd'hui seront vieux, comment fera-t-on ? On "fera" encore plus de jeunes ?
Je pense que l'on voit là à quel point l'évolution de la démographie mondiale est un enjeu majeur pour ce XXIe siècle et ce d'autant plus qu'il se heurte à un tabou. La contraception et l'euthanasie sont tous les deux des sujets ô combien délicats, dont la perception est extrêmement divers d'un pays à l'autre, et qui surtout nous rappellent les plus sombres heures de l'histoire.
23 juillet 2008
La décroissance - Présentation
La décroissance, c'est un peu le Docteur Jekyll du développement durable. La pensée décroissante est multiple, parfois contradictoire (comme le développement durable), mais je vais tout du moins essayer d'en résumer l'esprit.
L'idée derrière la décroissance est un principe physique simple : il n'est pas possible de croître indéfiniment dans un environnement fini. Il n'est donc pas possible d'avoir une croissance économique infinie sur Terre, puisque cette planète est finie. Or, le système économico-social actuel est fondé quasi-exclusivement sur la croissance économique : toute politique ne conduisant pas une croissance du PIB d'une année sur l'autre est quasi-systématiquement condamnée à l'échec. Ceci n'étant pas durable, la théorie de la décroissance remet en cause les fondements même de notre société et condamne non pas la croissance en elle-même, mais la recherche perpétuelle de la croissance. En ce sens, on devrait plutôt parler d'acroissance, comme on parle d'athéisme, plutôt que de décroissance : la décroissance refuse de croire qu'un monde meilleur passe automatiquement par une croissance économique.
Pour appuyer le bien-fondé de leur position, les décroissants, aussi appelés "objecteurs de croissance", notent que le développement -qui va de pair avec la croissance- n'a pas apporté de réelle amélioration de notre vie quotidienne. Certes, nous vivons dans un confort matériel bien plus important qu'il y a 30 ans, mais notre bien-être ne suis pas forcément : il n'y a pas de relation entre bien-être et bien-avoir. Selon eux, plusieurs chiffres viennent corroborer cela : en France par exemple, le nombre de suicides a augmenté de 50% ces 30 dernières années et la consommation d'antidépresseurs a triplé alors même que le pouvoir d'achat a augmenté de 80%.
Dès lors, la conclusion est simple : le développement n'apporte pas de bien-être et est souvent à l'origine de la destruction de l'environnement, il ne faut donc pas chercher le développement en soi.
C'est là tout le paradigme actuel qui est remis en cause. Nous sommes a priori heureux d'entre que la croissance est forte, qu'une nouvelle technologie est disponible, que notre pouvoir d'achat augmente : les décroissants non. Ils considèrent en effet que nous sommes des drogués de la croissance : comme un cocaïnomane découvrant un sachet de poudre, nous nous réjouissons d'avoir toujours plus d'argent, toujours plus de possibilités, quand bien même cela nous corrompt plus qu'autre chose.
Notre mode de pensée devrait dès lors être complètement remis en cause : c'est la stabilité qui est recherchée, et non plus l'amélioration permanente. D'un mode de pensée linéaire (un point de départ, et une progression systématique) on passe à un mode de pensée cyclique. Le bonheur ne passe plus par la possession et l'accumulation mais par nos relations sociales désinteressées, notre simplicité volontaire...
Une Utopie ? Un concept de Bisounours ? La seule solution aux dégradations environnementales ? La décroissance ne peut laisser complètement indifférent. Mais d'un cercle très restreint d'adeptes, la décroissance fait de plus en plus parler d'elle : un journal lyonnais en fait sa ligne éditoriale, des personnes la prennent en modèle pour arrêter de consommer, etc.
Cet article est brouillon, j'en suis conscient. Mais présenter un concept aussi vague et peu défini sur un blog n'est pas chose facile. Néanmoins, j'essaierai dans les jours à venir de préciser un peu plus les idées derrière le terme flou de décroissance.
18 juillet 2008
Apprenons à compter - Le coefficient GINI
Dernier épisode de notre saga Apprenons à compter, un indicateur de "cohésion sociale", j'ai nommé le coefficient de Gini.
Si 10% de la population a 10% du PIB, 20% a 20% du PIB etc. cela veut donc dire que tout le monde a le même revenu. Si au contraire 80% de la population ne détient que 10% des revenus, et que les 20% restants en ont 90%, on est dans société foncièrement inégalitaire. Le coefficient de Gini mesure ainsi les inégalités de revenus au sein d'un pays. La formule n'est pas forcément très compréhensible (vous pouvez néanmoins la retrouver sur Wikipedia), mais un schéma devrait aider à sa compréhension.
Plaçons sur un graphe le pourcentage de la population possédant un pourcentage du revenu du pays.
La courbe droite en pointillé représente l'égalite parfaite des revenus. A l'inverse, la courbe en trait plein montre une inégalité : une grande partie de la population ne possède pas grand chose (zone rouge), une faible partie possède un revenu moyen (zone orange) et une petite partie possède beaucoup (zone verte). Comment est-ce que j'en arrive à une telle conclusion ? En fait, une partie de la population est privilégiée quand la différence de revenu (représentée par la différence de hauteur entre le début et la fin de la zone) est supérieur à sa taille (représentée par la largeur de la zone) . Dans le cas présent, on voit que la zone verte correspond à 15% de la population possédant environ 50% de la richesse.
Le coefficient de Gini correspond à l'aire de la surface A entre la courbe d'égalité parfaite et la courbe réelle : plus cette surface est grande, plus on est dans une société inégalitaire. Un GINI de 0 signifie l'égalité parfaite et 1 signifie l'inégalité totale (une personne a tout le revenu, les autres n'ont rien). Les pays historiquement égalitaires ont un coefficient de l'ordre de 0,2 (Europe de l'Est), les pays les plus inégalitaires au monde ont un coefficient de 0,6 (Brésil, Guatémala, Honduras...). En France, le coefficient de Gini est de 0,36.
Notons qu'établir le coefficient de GINI d'un pays est un processus très laborieux puisqu'il demande de relever les revenus d'une grande partie de la population, y compris ceux qui en ont peu et vivent dans des conditions très difficiles. C'est pourquoi cet indicateur n'est relevé que périodiquement, environ tous les 5 à 10 ans selon les pays. Mais cela ne nous empêchera pas de nous amuser avec, comme avec les indicateurs précédents.
Une première constation est que le GINI n'est pas lié au PIB par habitant : ce n'est pas parce qu'un pays est plus riche qu'un autre qu'il aura une meilleure répartition des richesses. Le graphe ci-dessus montre bien qu'il existe des pays riches inégalitaires (les Etats-Unis ont le PIB par habitant le plus élevé, mais un GINI supérieur à 0.4) alors que des pays très pauvres peuvent avoir un GINI faible (l'Ouzbékistan par exemple).
Deuxième constatation : au sein d'un même pays, le GINI peut tout aussi bien croître (USA, Bulgarie, Chine) que décroitre (France, Canada, Norvège) pendant une période de croissance : la croissance n'est donc absolument pas un gage de justice sociale.
Voila, je referme la parenthèse mathématique du développement durable. J'espère que les explications auront été claires et que cela vous aura permis d'appréhender de manière un peu plus concrète des notions a priori abstraites. Et pour ceux qui veulent continuer à s'amuser avec des données sur des pays, je ne peux que conseiller le site http://www.gapminder.org et notamment leur tableau dynamique.
17 juillet 2008
Apprenons à compter - L'IDH
Pour caractériser le développement d'un pays, les Nations Unis ont construit un indice : l'indice de développement humain, ou IDH. Cet indice est relativement bien connu en France puisqu'on nous le présentait en cours d'Histoire-Géographie, sans oublier de préciser que "La France a l'IDH le plus élevé du monde", ce qui est désormais faux (la France se classe plutôt autour de la 10e place).
Trois facteurs sont pris en compte (source Wikipedia) :
- la santé mesurée par l'espérance de vie à la naissance, qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l'accès à une alimentation saine, à l'eau potable, à un logement décent...
- le niveau d'éducation, mesuré par le taux d'alphabétisation des adultes et le taux de scolarisation. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision dans la société ;
- le niveau de vie (PIB par habitant à pouvoir d'achat équivalent), afin d'englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l'accès à la culture.
L'IDH est une moyenne de ces trois indices (vous pourrez trouver les calculs précis sur Wikipedia), et est compris entre 0 et 1. Un pays est considéré comme développé si son IDH est supérieur 0.8, les pays les plus développés ayant un IDH supérieur à 0.95.
Ce qu'il faut bien noter dans cet indice c'est sa subjectivité. Les 3 critères retenus sont arbitraires, le calcul des indices l'est tout autant, et la moyenne faite est tout aussi hasardeuse : la durée de vie doit-elle vraiment être un critère, si l'ensemble des personnes de plus de 70 ans finit dans une maison de retraite ? Un niveau de vie élevé présage-t-il d'un bien-être ? Enfin, le fait qu'il soit compris entre 0 et 1 dresse une échelle, et donc des limites a priori. Bref, comme toute agrégation de différentes mesures, l'IDH repose sur un parti-pris.
L'IDH ne concerne que le développement humain, il n'y est fait aucune référence à l'environnement. Nous avions néanmoins déja vu deux indices environnementaux plus tôt cette semaine : le bilan carbone et l'empreinte écologique. Or, nous pourrions caractériser le développement durable par un développement humain élevé répondant à une durabilité environnementale : disons qu'un pays peut être estampillé développement durable s'il a un IDH>0.8 (pays développé selon les Nations Unis) et une empreinte écologique inférieure à 2ha/habitant (pays répondant à la moyenne mondiale autorisée). Quel pays répond à ces critères ?
C'est la question que s'est posée Aurélien Boutaud dans sa thèse (déja citée sur ce blog) : il a donc placé tous les pays sur un graphe en fonction de leur empreinte écologique et de leur IDH. En abscisse, l'empreinte écologique (allant du plus fort au plus faible) ; en ordonnée, l'indice de développement humain. La zone marron correspond aux pays développés mais pollueurs, la zone blanche aux pays en voie de développement mais à l'impact environnemental soutenable, la zone rouge aux pays en voie de développement et déja pollueurs. La zone verte quant à elle correspond au développement durable : IDH élevé, faible impact environnemental.
Comme vous pouvez le constater, la zone verte est désespérément vide ! Les pays les plus proches d'un développement durable sont ceux d'Amérique du Sud (Costa Rica, Cuba...) le reste du monde étant soit humainement sous-développé, soit avec un mode de vie non-durable (soit les deux à la fois...).
Mais comme nous l'avions dit auparavant, les critères choisis sont très subjectifs : on pourrait choisir 0.9 ou 0.7 pour un pays développé. Ce qui est intéressant n'est donc pas tant le découpage en zones, que la tendance que l'on peut observer : il y a une courbure très nette, montrant qu'à partir d'un certain seuil une augmentation d'IDH correspond quasiment systématiquement à un impact environnemental accru. On observe également qu'aux extrêmes, de nombreux pays ont un IDH commun mais un impact environnemental allant du simple au triple (Suisse VS USA), ou alors un impact environnemental constant mais un IDH très variable (Bangladesh VS Chine).
On constate enfin que pour arriver à un développement durable, l'effort à faire par les pays développé est égal, si ce n'est supérieur à l'effort à faire par les pays en voie de développement : la distance au développement durable des Etats-Unis est égale à celle du Bangladesh.
16 juillet 2008
Apprenons à compter - L'empreinte écologique
Nous avons parlé hier du bilan carbone, enchainons aujourd'hui par un autre indicateur environnemental : l'empreinte écologique.
Nous avions vu les problèmes majeurs du bilan carbone, qui sont que le CO2 devient l'unique indicateur de l'environnement, et qu'il permet une délocalisation de la pollution qui apparaît comme positive. L'empreinte écologique résous dans une certaine mesure ces deux problèmes.
La Terre a une superficie de 51 milliards d'hectares : 36 milliards sont des océans, 15 milliards des terres émergées. De ces terres émergées, une partie est utilisée pour l'agriculture, une autre pour l'industrie forestière, une autre pour absorber notre CO2 (des forêts toujours, mais pas celles utilisées pour l'industrie) etc. Bref, l'homme "colonise" une certaine surface pour ses activités.
Le principe de l'empreinte écologique est de mesurer la surface qui nous serait individuellement nécessaire pour vivre. Quelle devrait être la surface d'une île déserte pour que l'on puisse y vivre en gardant le même confort ? L'hypothèse de base étant bien entendu que notre train de vie doit être soutenable, donc que les ressources doivent pouvoir se renouveler et que les déchets doivent pouvoir être dégradés.
Prenons un exemple. Supposons qu'une vache de 800kg (dont 350kg comestibles) ait besoin d'un champ d'un hectare pour s'alimenter durant une année. Si je mange 100g de viande tous les jours, je consomme donc 35kg dans l'année : il me faut donc 0,1 ha pour couvrir mon alimentation carnée sur l'année. De même, j'émets 3 tonnes de CO2 par an en me déplaçant. Pour que cela soit durable, il faudrait disposer d'une surface de forêts capables d'absorber (par photosynthèse) ces gaz, soit environ 1 ha. On peut continuer le calcul pour l'ensemble de ma consommation (habitation, consommation de fruits, légumes et poissons, production d'énergie électrique...) et sommer l'ensemble des surfaces, pour obtenir au finale mon empreinte écologique, exprimée en hectares.
Compte tenu du fait que nous ne sommes pas la seule espèce sur Terre, nous pourrions nous arroger entre 1,8 et 2ha par personne. Et bien devinez quoi ? On dépasse largement cette valeur : l'Union Européenne tourne autour de 5ha par personne. C'est sur ce chiffre que se reposait le président Chirac quand il déclarait à Johannesbourg : "Si l’humanité entière se comportait comme les pays du nord, il faudrait deux planètes supplémentaires pour faire face à nos besoins."
Voici quelques exemples de valeurs d'empreinte écologique par pays (source Wikipedia):
| Amérique du Nord | 9,4 ha | Émirats arabes unis | 11,9 ha | |
| Union Européenne | 4,8 ha | USA | 9,6 ha | |
| Europe (hors UE) | 3,8 ha | France | 5,6 ha | |
| Moyenne pour un terrien | 2,2 ha | Pays-Bas | 4,4 ha | |
| Moyen Orient et Asie centrale | 2,2 ha | Hongrie | 3,5 ha | |
| Amérique Latine et Caraïbe | 2,0 ha | Turquie | 2,1 ha | |
| Empreinte écologique disponible | 1,8 ha | Brésil | 2,1 ha | |
| Asie(et Océanie) | 1,3 ha | Algérie | 1,6 ha | |
| Afrique | 1,1 ha | Chine | 1,6 ha | |
| Kenya | 0,8 ha | |||
Comme vous pouvez le constater, le terrien moyen utilise une surface moyenne supérieure à celle disponible. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce que notre train de vie n'est pas "durable", au sens propre du terme : il ne peut pas durer comme ça. Nos déchets n'ont pas le temps d'être assimilés qu'on en rajoute, la surpêche est un problème majeur, nous érodons les sols...
L'avantage de cet indicateur est qu'il prend autre chose en compte que les simples gaz à effet de serre : une alimentation carnée augmente très nettement l'empreinte écologique, alors que son impact sur un bilan carbone est moins compréhensible. De même, les déchets de notre consommation courante sont également pris en compte. Certains impacts sont néanmoins toujours sous estimés, et notamment les notions de biodiversité et celle de toxicité des écosystèmes.
Mais, dites-moi, on n'a vu que des indicateurs environnementaux depuis le début de semaine. Pourtant, le développement durable n'est-il pas un ensemble mêlant social, environnemental et économique ? Ola, il va falloir y remédier et présenter un indicateur social... demain... (je ménage bien le suspense n'est-il pas ?)
15 juillet 2008
Apprenons à compter - Le Bilan Carbone
Après un week-end de 3 jours bien mérité, nous voici repartis pour de nouvelles aventures. A l'agenda des prochains articles : comment comptabiliser notre influence sur la planète ?
Au menu aujourd'hui, le premier de nos indicateurs environnementaux : le Bilan Carbone. Le Bilan Carbone est une technique spécifique d'inventaire carbone créée par Jean-Marc Jancovici pour le compte de l'ADEME. C'est également une marque déposée mais dont l'emploie tend à se généraliser à toutes les formes d'inventaire carbone en France. On en entend beaucoup parlé, le gouvernement souhaitant même le rendre obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés.
Un inventaire carbone consiste à comptabiliser l'ensemble des gaz à effet de serre (GES) émis lors d'un processus donné. Pour ce faire, on commence par délimiter le périmètre étudié : on peut par exemple se demander combien de GES une voiture émet pour parcourir un kilomètre, ou encore combien de GES sont émis pour fabriquer une bouteille de lait. Pour le premier cas, la mesure est relativement simple : on avait vu qu'il suffisait à peu de choses près de connaître la consommation pour connaître les émissions de GES d'une voiture.
Le second cas est lui un peu plus complexe. Dois-je compter les engrais nécessaires à la pousse du fourrage donné aux vaches laitières ? Dois-je compter la voiture qu'utilise l'agriculteur pour aller chercher le-dit fourrage ? On voit vite que deux problèmes majeurs vont survenir :
- récolter l'ensemble des informations a un coût, coût d'autant plus élevé que les informations cherchées sont précises. Si je prends en compte la voiture de l'agriculteur, il faut que je distingue l'utilisation qui relève de la production laitière de ce qui relève du reste de ses activités et il sera peut-être nécessaire de mettre en place un système pour me permettre de faire la distinction entre ces trajets.
- on risque vite de voit apparaître ce que l'on appelle des "double-compte". Si l'agriculteur fabriquant le fourrage incorpore cette activité à son bilan carbone, et que l'agriculteur l'utilisant pour nourrir ses vaches le compte également comme faisant partie de son activité, la production de fourrage est comptée deux fois. Quand on agrège l'ensemble des données au niveau national par exemple, on risque d'avoir un Bilan Carbone beaucoup plus élevé que la réalité.
L'identification de ces deux problèmes permet de comprendre l'importance de définir un périmètre précis et de s'y tenir dans l'établissement de l'inventaire carbone.
Le périmètre définit donc les sources d'émissions que l'on souhaite relever, par exemple l'électricité nécessaire pour chauffer un bâtiment, les kilomètres parcourus par le produit etc. L'ensemble des données nécessaires pour compter les gaz à effet de serre émis doivent donc être relevées: ce peut être des factures d'électricité, des factures d'essence, des compositions d'engrais... Cette étape est clairement la plus longue du processus, et peut prendre plusieurs semaines voire plusieurs mois.
Enfin, après avoir relevé l'ensemble des données se fait la phase de conversion à l'aide de ce qu'on appelle des facteurs d'émissions : on transforme l'ensemble des données récoltées qui sont dans des unités différentes (litres d'essence, kWh, kg...) en une unique unité : le kg de CO2. On a vu par exemple qu'un litre d'essence correspond à 2,35kg de CO2 ; de même des données internationales permettent de convertir l'ensemble des données de base en émissions de CO2 (par exemple il faut 120kg de C02 pour fabriquer une tonne de bouteilles de verre, 600 à 800 kg pour fabriquer une tonne d'acier). En faisant la somme de tous ces kilos de CO2, on arrive à un inventaire carbone complet. Notons que je parlais au début de l'article de gaz à effet de serre, et qu'on ne parle ici plus que de CO2 ; or il y a d'autres GES que le dioxyde de carbone, comme le méthane, les CFC, ou même la vapeur d'eau ! Pour avoir un résultat en kg de CO2, on converti donc tous ces gaz en équivalent CO2 en prenant comme mesure le Potentiel de Réchauffement Global (PRG), c'est-à-dire la capacité d'un gaz à agir sur le réchauffement climatique. Cette partie est complexe et fera l'objet d'un article en lui-même, mais ce qu'il faut retenir, c'est que l'on sait dire que le méthane "réchauffe" environ 20 fois plus que le C02 ou encore que l'hydrofluorocarbone "réchauffe" 1000 fois plus que le C02. Donc si un processus émet une tonne de méthane, on la convertira en 20 tonnes de CO2.
Les avantages d'un inventaire carbone sont multiples :
- avoir un chiffre unique, simple sur lequel on peut communiquer.
- pouvoir comparer ses émissions d'une année sur l'autre.
- savoir quelles sont les sources d'émissions principales sur lesquelles concentrer ses efforts. En effet, une entreprise de service peut mettre l'accent sur l'utilisation de papier recyclé, alors que ce sont les transports et l'électricité de ses bureaux qui sont les sources d'émissions critiques (voir graphe ci-dessous, tiré du site de Jean-Marc Jancovici).
Néanmoins, l'inventaire carbone a deux inconvénients structurels majeurs. Le premier est qu'il ne prend en compte que le réchauffement climatique. Vous me direz que c'est son but et ce pourquoi il a été conçu, mais il a tendance à être l'unique indicateur de la bonne santé environnementale d'une entreprise. Or, une entreprise qui rejette peu de CO2 peut tout de même être polluante différement (voir par exemple mon article sur le nucléaire). Mais plus grave encore, le bilan carbone est, la plupart du temps, uniquement un bilan carbone interne, c'est-à-dire qu'il ne prend en compte que les émissions de l'entreprise (ou d'un pays). Pour réduire leur bilan carbone, les entreprises (ou les pays) peuvent donc être tentés d'externaliser leur production. C'est entre autres ce qui se passe en Chine : si les émissions de CO2 de ce pays explosent, c'est certes parce qu'il se développe rapidement, mais aussi parce qu'une grande partie de notre production industrielle y est délocalisée ! En se focalisant sur le bilan carbone d'une entreprise, on risque donc de voir des chiffres qui ne reflètent qu'une réalité très inexacte.
Pour pallier (au moins partiellement) à ces inexactitudes, un autre indicateur environnemental a été développé... Plus de détails demain !
11 juillet 2008
Nucléaire et philosophie
Il y a 3 jours, une fuite d'uranium a eu lieu au Tricastin, dans la Drôme. Je voudrais donc profiter de cet événement pour expliquer un peu ma position sur le nucléaire, en m'appuyant sur une réflexion philosophique : "Le Principe Responsabilité" de Hans Jonas. Attention les neurones !
Une grande question que l'on peut (et doit) se poser est "Pourquoi sauvegarder la nature ?" C'est vrai, c'est bête comme question, mais n'est-ce pas une question fondamentale ? Peut-être est-il inutile de vouloir à tout prix préserver la nature et nous devrions simplement nous faire plaisir sans limite. Peut-être que nous devons préserver la nature telle qu'elle est actuellement, ou peut-être qu'un changement dans la nature n'est pas gênant.
Une pensée que j'aime particulièrement à ce sujet est celle du philosophe allemand Hans Jonas, qui parle d'un "Principe Responsabilité". En voici un résumé "à la sauce ingénieur", n'hésitez pas à apporter des correctifs en commentaire si nécessaire.
Hans Jonas commence à poser comme postulat que l'homme est le seul être doué d'une finalité car il est le seul être à pouvoir projeter des images. C'est le seul être libre, et même le seul être libre de se détruire et de détruire la Nature. Comme la Nature engendre des êtres doués d'une finalité, elle est elle-même douée d'une finalité. Cette finalité représente une valeur en soi, et l'homme n'a donc pas d'autre choix que d'intervenir pour en préserver l'existence.
C'est pourquoi pour Jonas l'existence humaine doit être préservée : "Qu'une humanité soit" dit-il. L'homme est doté de responsabilité parce qu'il est libre, mais surtout parce qu'il dispose d'une puissance susceptible de se retourner contre sa propre liberté (et sa propre existence). Puisqu'il doit garantir son existence, la responsabilité de l'homme est tournée vers les générations futures. Du fait qu'elles n'existent pas encore, ces dernières ne peuvent faire valoir aucun droit : la responsabilité vue par Jonas est donc un véritable acte d'engagement.
Pour déterminer les comportements à adopter, et surtout les risques que l'on peut prendre, Jonas fait appel à un processus qu'il appelle heuristique de la peur. Pour faire simple, l'homme doit craindre la disparition de l'humanité. Cette peur ne doit pas être tétanisante, mais au contraire salvatrice : c'est un outil pour maîtriser les risques d'expériences n'ayant jamais été vécues. Ainsi, afin que la population soit consciente du danger imminent, il indique qu'il est nécéssaire d'éprouver une certaine peur.
Donc, pour résumer, pour Jonas l'homme est doué d'une responsabilité envers la Nature car il est un être extraordinaire, et pour exercer au mieux cette responsabilité, il doit craindre sa disparition.
Revenons-en maintenant au nucléaire, qui me paraît être un très bon exemple pour comprendre la pensée de Jonas. Le nucléaire est en effet l'un des éléments qui peut conduire l'humanité à sa disparition, pour deux raisons :
* les accidents nucléaires. Ils sont (très) rares, mais (très) graves. Un accident majeur, comme la fusion de coeur d'un réacteur, pourrait conduire à la destruction de toute forme de vie sur un très large périmètre. Ce risque, aussi infime soit-il, vaut-il le coup d'être couru ? Pour Jonas, la réponse est clairement non : doit être interdite toute technologie qui comporte le risque — aussi improbable qu'il soit — de détruire l'humanité ou la valeur particulière en l'homme qui fait qu'il doit exister. Hans Jonas désigne cet impératif par la formule in dubio pro malo. Cela veut dire que s'il y a plusieurs effets possibles à une technologie, il faut décider comme si le plus mauvais allait s'accomplir
* la gestion des déchets nucléaires. On touche là à notre responsabilité vis-à-vis de la nature et des générations futures. Oser produire des déchets qui ont une durée de vie extrêmement longue et une nocivité non nulle, et qu'on ne sait pas retraiter, c'est condamner les générations futures à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Pour reprendre une comparaison de Serge Latouche, c'est comme si l'on construisait des immeubles sans ascenseur, en se disant qu'on arriverait bien un jour à défier la gravité.
On présente souvent la situation sur le nucléaire comme une opposition entre scientifiques et écologistes, sous-entendant ainsi que les écologistes auraient une peur irrationnelle d'un phénomène maîtrisé. Pourtant, l'hostilité au nucléaire n'est pas qu'une simple lubie d'écologiste : c'est aussi une question de principe. Une source d'énergie dont on ne maîtrise pas les conséquences à long terme ne doit pas exister, quelle qu'en soient les conséquences sur notre mode de vie à court terme : il en va de notre responsabilité.
09 juillet 2008
Décryptage
Le G8 s'accorde pour réduire de 50% ses émissions de GES d'ici 2050 ? Info ou intox ? Voici un petit décryptage, fondé sur l'article du Monde.
Les dirigeants du G8 se sont engagés, mardi 8 juillet, à Toyako, au Japon pour que les émissions mondiales de gaz à effet de serre soient réduites de 50% d'ici à 2050.
Quand on parle de 50%, il faut un niveau de référence : en terme de gaz à effet de serre, la référence est souvent 1990 (c'est également la référence du protocole de Kyoto) donc on peut imaginer qu'il en est la même chose ici. Deux questions : que représente 2050, et que représentent 50% ?
2050, c'est dans 42 ans. Faisons un retour en arrière ; souvenez-vous, il y a 42 ans : les Etats-Unis étaient présents au Viet-Nâm et De Gaulle était président en France. On ne connaissait pas la surface lunaire, le sida ou le trou de la couche d'ozone. Il n'y avait ni blog, ni internet, ni ordinateur personnel. L'angleterre était championne du monde de football. En 1968 par exemple, on signait le traité de non-prolifération : on voit aujourd'hui à quel point il est facile de l'appliquer... Bref, imaginer que l'on pourra contrôler nos émissions de CO2 sur une période de 42 ans est déjà bien présomptueux, mais s'accorder 42 ans pour régler un problème qui à n'en pas douter aura fait des petits d'ici là, c'est suicidaire.
Maintenant, attaquons-nous à la question des 50%. Voici un tableau des émissions des pays du G8 (chiffres issus de www.gapminder.org) :
| Pays | tC02/hab | Habitants (en millions) |
Emissions totales |
| US | 19 | 300 | 5700 |
| Canada | 15 | 33 | 495 |
| Italie | 6,8 | 60 | 408 |
| France | 6,4 | 60 | 384 |
| Allemagne | 10 | 80 | 800 |
| UK | 11 | 60 | 660 |
| Japon | 8,7 | 120 | 1044 |
| Russie | 10 | 141 | 1410 |
| Total | 854 | 10901 |
Le G8 émet donc 11 milliards de tonnes de CO2 par an (30% des émissions mondiales) pour une population de moins d'un milliard d'habitants. L'engagement est de réduire cette quantité de moitié, donc d'arriver à 6 milliards de tonnes de CO2 par an. Comme nous l'avons vu dans un article précédent, l'atmosphère peut absorber chaque année environ 12 milliards de tonnes de C02 : on peut dire que les humains disposent de 12 milliards de tonnes de "quotas naturels". Le G8, représentant environ 15% de la population mondiale, s'engage donc, d'ici 42 ans, à ne s'emparer que de la moitié de ces quotas. C'est un beau geste non ? 15% des habitants qui s'engagent à ne pas manger plus de la moitié du gâteau (mais d'ici 42 ans, hein, faut pas non plus se presser...)
Cette formulation vise à enrôler les grands pays émergents tels la Chine ou l'Inde dans ces efforts, en faisant appel à la "contribution de toutes les principales économies", ainsi que l'a toujours exigé l'administration américaine.
La Chine émet actuellement 3,9 tonnes de CO2 par personne, l'Inde et le Brésil moins de 2 : ces pays émettent à eux trois moins de 7 milliards de tonnes de CO2 par an : représentant 40% de la population mondiale, ils émettent... 55% de leurs "quotas naturels".
Raisonner en terme d'émissions globales et non en terme d'émission par tête n'a pas de sens : il est sûr que l'Inde va polluer plus que les pays occidentaux, mais tant que chaque habitant ne prend que sa part du gâteau et pas plus, il n'y a aucun problème. Que les obèses occidentaux demandent aux malnutris du monde entier de suivre leur régime parce qu'ils ont du mal à se motiver tout seul, c'est un peu fort en chocolat...
08 juillet 2008
Miam les fruits !
On entend beaucoup parler dernièrement d'émeutes de la faim, et autres crise alimentaire.
Je ne suis pas un professionnel de la géopolitique, et je dois avouer que les impacts des subventions des uns sur l'agriculture des autres me dépassent un peu. Vous pourrez trouver à ce sujet deux articles très interessants : l'un écrit par Chris Goodall expliquant l'impact des agrocarburants, l'autre de Rue89 sur les multiples causes de la hausse des cours. Un point - non traité dans ces articles - m'intéresse particulièrement, en ce qu'il nous concerne tous directement : la qualité de l'alimentation. Petite explication...
La chaine trophique, aussi appelée chaine alimentaire, désigne l'ensemble des flux de matière entre êtres vivants ; dit plus simplement, une chaîne trophique représente qui mange qui. Voici ci-dessous un exemple de réseau trophique dans le Lac Léman :
Notez qu'une chaîne trophique ne comporte que très rarement plus de 4 niveaux. On a en général un autotrophe (qui fabrique sa matière uniquement à partir d'énergie solaire et de mineraux) comme une plante, puis un herbivore, un carnivore, et éventuellement un dernier carnivore. Des décomposeurs se nourrissent des déchets de tout ce beau monde. On peut résumer ce genre de dessin par un schéma simplificateur :
Grâce à ce schéma, on se rend compte d'une chose : si un autotrophe (P) reçoit 100 en énergie du soleil, il utilisera une partie de cette énergie pour faire de la matière organique (c'est-à-dire pour grossir), et une autre partie pour respirer, digérer, se chauffer... Donc, si un herbivore (C1) mange P, il recevra moins de 100 en énergie, disons 30. De même, C1 respire, se chauffe etc. et donc, en mangeant 30, utilisera peut-être 10 pour fabriquer de la matière organique. Ainsi un carnivore (C2) qui mange C1 n'absorbera que 10, et n'utilisera par exemple que 2 pour grossir. De 100 au départ, on est passé à 2...
On a pour habitude de dire qu'on divise par 10 au moins l'énergie transmise entre deux niveaux de la chaîne trophique. Il faut donc 10 calories de fourrage pour produire 1 calorie de boeuf. Or, pour un homme, cela revient à peu près au même de manger 1 calorie issue de blé, ou 1 calorie issue de boeuf (leur poids est comparable). Le calcul est bien sûr grossier, puisque de nombreux paramètres rentrent en ligne de compte, mais l'idée est là : à surface équivalente, remplacer la viande par des légumes permet de produire plus de produits alimentaires, donc nourrir plus de gens.
C'est pourquoi depuis 6 mois, je suis quasi-végétarien, é vou.







