gotty

Pas de pitié pour les croissants !

28 juillet 2008

La décroissance démographique

J'écoutais la semaine dernière une émission sur France Inter à propos de l'immigration dans laquelle un intervenant expliquait "Si l'on veut que notre système économique puisse perdurer, il faudra d'ici 2050 avoir recours à 50 millions d'immigrés en Europe."

Je ne remets pas en cause ce chiffre, mais je m'étonne tout de même : comment peut-on qualifier de "durable" un développement qui nécessite toujours plus de main d'oeuvre et plus de consommateurs ?

D'un point de vue social tout d'abord, la vision m'apparaît abjecte : les pays en voie de développement, à la natalité plus élevée, deviendraient la "pouponnière" des pays développés, qui ne voient en la natalité qu'une contrainte et un empêchement au bonheur. Ca me rappelle quelque peu la vision de Huxley dans Le Meilleur des Mondes, où les classes inférieures (Epsilon et Delta) s'occupent des naissances de l'ensemble de la société. La courbe actuelle est déja assez éloquente.

Mais au-delà de cette vision très consumériste de la vie humaine, c'est la soutenabilité du raisonnement qui m'inquiète réellement. Depuis 1000 ans - à l'exception de la Peste Noire et de quelques guerres - la population a toujours crue en France. Depuis les années 60, le taux de croissance est d'ailleurs relativement constant (environ 300000 français de plus chaque année). Quelle est la limite de cette croissance ?

Au XVIIIe siècle, Malthus préconisait une réduction drastique de la natalité. Pour lui, la croissance démographique est géométrique (1, 2, 4, 8...) alors que la croissance des ressources disponibles n'est qu'arithémtique (1, 2, 3, 4), conduisant inévitablement à un épuisement des ressources et à une famine généralisée. Heureusement, ces estimations étaient fausses, puisque l'augmentation des rendements agricoles a été supérieur à l'augmentation de population.

Fort de cette expérience, nombreux sont ceux qui pensent qu'il n'y a pas, à proprement parler, de limites à la population humaine, toute augmentation de population pouvant être compensée par une amélioration technologique. On peut en douter : actuellement, les prélèvements de matière premières et les émissions de déchets à l'échelle mondiale sont problématiques. Si l'on se réfère à l'article sur l'empreinte écologique, on constate qu'un doublement de la population divise mathématiquement notre empreinte écologique admissible par 2, soit environ 1ha/personne. Quel développement possible avec une marge de manœuvre si réduite ?

Mais admettons. Admettons une population constante autour de 12 milliards d'individu, vivant avec un mode de vie "soutenable". Comment notre économie actuelle pourrait-elle se développer ? Notre système économique est en effet fondé sur la croissance économique, et donc sur une croissance démographique : en effet, la croissance passe par la consommation, et qui dit population qui décline veut dire consommation qui décline... De même, en France, le système des retraites par répartition repose sur une population de travailleurs (nettement) supérieure à la population en retraite. Pour être schématique, il faut donc des jeunes pour que les vieux survivent. Mais quand les jeunes d'aujourd'hui seront vieux, comment fera-t-on ? On "fera" encore plus de jeunes ?

Je pense que l'on voit là à quel point l'évolution de la démographie mondiale est un enjeu majeur pour ce XXIe siècle et ce d'autant plus qu'il se heurte à un tabou. La contraception et l'euthanasie sont tous les deux des sujets ô combien délicats, dont la perception est extrêmement divers d'un pays à l'autre, et qui surtout nous rappellent les plus sombres heures de l'histoire.

Posté par Gotty à 14:40 - Réfléchissons - Commentaires [0] - Permalien [#]
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