gotty

Pas de pitié pour les croissants !

23 juillet 2008

La décroissance - Présentation

illusdruilheLa décroissance, c'est un peu le Docteur Jekyll du développement durable. La pensée décroissante est multiple, parfois contradictoire (comme le développement durable), mais je vais tout du moins essayer d'en résumer l'esprit.

L'idée derrière la décroissance est un principe physique simple : il n'est pas possible de croître indéfiniment dans un environnement fini. Il n'est donc pas possible d'avoir une croissance économique infinie sur Terre, puisque cette planète est finie. Or, le système économico-social actuel est fondé quasi-exclusivement sur la croissance économique : toute politique ne conduisant pas une croissance du PIB d'une année sur l'autre est quasi-systématiquement condamnée à l'échec. Ceci n'étant pas durable, la théorie de la décroissance remet en cause les fondements même de notre société et condamne non pas la croissance en elle-même, mais la recherche perpétuelle de la croissance. En ce sens, on devrait plutôt parler d'acroissance, comme on parle d'athéisme, plutôt que de décroissance : la décroissance refuse de croire qu'un monde meilleur passe automatiquement par une croissance économique.

Pour appuyer le bien-fondé de leur position, les décroissants, aussi appelés "objecteurs de croissance", notent que le développement -qui va de pair avec la croissance- n'a pas apporté de réelle amélioration de notre vie quotidienne. Certes, nous vivons dans un confort matériel bien plus important qu'il y a 30 ans, mais notre bien-être ne suis pas forcément : il n'y a pas de relation entre bien-être et bien-avoir. Selon eux, plusieurs chiffres viennent corroborer cela : en France par exemple, le nombre de suicides a augmenté de 50% ces 30 dernières années et la consommation d'antidépresseurs a triplé alors même que le pouvoir d'achat a augmenté de 80%.

Dès lors, la conclusion est simple : le développement n'apporte pas de bien-être et est souvent à l'origine de la destruction de l'environnement, il ne faut donc pas chercher le développement en soi.

C'est là tout le paradigme actuel qui est remis en cause. Nous sommes a priori heureux d'entre que la croissance est forte, qu'une nouvelle technologie est disponible, que notre pouvoir d'achat augmente : les décroissants non. Ils considèrent en effet que nous sommes des drogués de la croissance : comme un cocaïnomane découvrant un sachet de poudre, nous nous réjouissons d'avoir toujours plus d'argent, toujours plus de possibilités, quand bien même cela nous corrompt plus qu'autre chose.

Notre mode de pensée devrait dès lors être complètement remis en cause : c'est la stabilité qui est recherchée, et non plus l'amélioration permanente. D'un mode de pensée linéaire (un point de départ, et une progression systématique) on passe à un mode de pensée cyclique. Le bonheur ne passe plus par la possession et l'accumulation mais par nos relations sociales désinteressées, notre simplicité volontaire...

Une Utopie ? Un concept de Bisounours ? La seule solution aux dégradations environnementales ? La décroissance ne peut laisser complètement indifférent. Mais d'un cercle très restreint d'adeptes, la décroissance fait de plus en plus parler d'elle : un journal lyonnais en fait sa ligne éditoriale, des personnes la prennent en modèle pour arrêter de consommer, etc.

Cet article est brouillon, j'en suis conscient. Mais présenter un concept aussi vague et peu défini sur un blog n'est pas chose facile. Néanmoins, j'essaierai dans les jours à venir de préciser un peu plus les idées derrière le terme flou de décroissance.

Posté par Gotty à 16:04 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

    "Il n'y a pas de relation entre bien être et bien avoir".

    A mon avis ce n'est pas si simple, vu la multiplcité des aspects de "bien-être" et "bien-avoir"...pour caricaturer, je pense que tu es quand même content d'avoir ton accès internet même si ça n'est pas nécessaire à ton bien être (?), et heureux de vivre mieux qu'il y a cinquante ans avec l'industrialisation de la production de certains médicaments par exemple (antibiotiques...).

    Sur le suicide, je pense qu'il faut regarder catégorie par catégorie et de toute façon personne n'a vraiment des données exhaustives ; il faut regarder les causes aussi. Et attention, l'union nationale de prévention du suicide constate que si le nombre de suicides augmente depuis 30 ans, en proportion de la population il semble que les suicides soient moindres ces dix dernières années. (Bon, je n'arrive pas à trouver deux sources qui soient en accord sur le net, mais il semble qu'on aille vers un mieux en termes de taux de suicide).

    Qu'on puisse vivre avec moins de confort, moins d'"avoir" qu'actuellement est une chose ; dire que l'on vit mieux qu'il y a cinquante ou même trente ans en est une autre, la question est complexe et tout est renfermé dans l'expression "bien-être".

    Posté par Romain, 23 juillet 2008 à 17:23
  • "c'est la stabilité qui est recherchée, et non plus l'amélioration permanente"

    L'amélioration des possibilités de choix de consommation (par exemple), certes. Mais je pense que la décroissance et la simplicité volontaire mises en application permettraient l'amélioration des relations sociales, du bien-être, pourquoi pas de la démocratie (!), etc.
    Mais j'ai sans doute mal compris le sens d'"amélioration" ici !

    Posté par H, 23 juillet 2008 à 18:53
  • Savoir répondre aux lieux communs sur la croissance & le progrès technique => http://www.les-renseignements-genereux.org/brochures/?id=241

    J'ai pas encore eut le temps de lire mais ça a l'air intéressant...

    Posté par Sirius, 29 juillet 2008 à 12:46

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